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A la découverte de Los Petenes

Par : Julien Chapuis, le 08 Mai 2013 à 22:09

Décrire l’indescriptible, voilà la tâche qui nous attendait à la rédaction de cet article. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce ne fût pas chose aisée tellement la Reserva de la Biosfera de Los Petenes est hors du commun.

Là où la science se heurte à l’hostilité de la nature

Vingt ans après sa découverte par le monde scientifique, cette région si particulière de la péninsule du Yucatán, située en bordure du Golfe du Mexique entre la ville de Campeche et l’île de Celestún, reste un lieu empreint de mystère.

Malgré un intérêt croissant pour ces écosystèmes uniques en leur genre, rares sont les chercheurs qui osent s’aventurer dans ces habitats hostiles et difficiles d’accès. Nous comprendrons rapidement pourquoi …

Au fil de cet article, vous partirez à la découverte de cet endroit si particulier où sont nées les unes après les autres, nos interrogations personnelles et scientifiques.

Une origine encore floue

Ilots forestiers d’une grande complexité, los Petenes abritent de nombreuses espèces végétales dont 473 plantes à fleurs (22 espèces endémiques de la péninsule du Yucatan). En comparaison, cela représente 15 à 20% du total français sur quelques milliers d’hectares !

Véritables tâches circulaires de forêt tropicale secondaire noyées au milieu d’une mer de mangrove (principalement de mangrove dite rouge, Rhizophora mangle), los Petenes devraient leur existence à la présence de cenotes.

La mangrove rouge (Rhizophora mangle) compose la majeure partie de la matrice où s'insèrent los Petenes

Un cenote (puit naturel gorgé d’eau douce pouvant atteindre plusieurs dizaines de mètres de profondeur) présent au coeur du 3ème Peten que nous avons exploré dans la zone del Remate.

 La formation des cenotes remonterait à la chute de la météorite à l’origine de la disparition des dinosaures il y a 65 millions d’années. L’impact, si puissant, aurait entraîné l’effondrement du sol meuble et calcaire en certains endroits de la croûte terrestre, formant ainsi ces cenotes. On trouve d’ailleurs ces formations en Floride et à Cuba. A ce jour, aucune preuve scientifique n’a été avancée concernant cette hypothèse.

Des écosystèmes uniques en leur genre

Ces zones humides végétalisées sont uniques au monde, de par leur quantité et leur concentration sur un même territoire. On en comptabilise plus de 1000 sur 280 000 hectares, dont certains jamais explorés. Depuis 2004, la Réserve Biosphère de Los Petenes a ainsi été déclarée site RAMSAR (= zone humide d’intérêt international).

Dr Salvador Montiel : précurseur de la recherche scientifique aux Petenes

Nos quartiers établis à l’hôtel Zocalo en plein cœur de Mérida, nous convenons d’un rendez-vous avec le Dr Salvador Montiel, responsable du département d’écologie humaine du CINVESTAV (Centro de Investigacion y de Estudios Avanzados) et premier scientifique à avoir exploré los Petenes.

Lundi 29 mars, 12h, cathédrale de Mérida, après plusieurs mois d’échange par mail, nous rencontrons enfin le Dr Montiel. Les présentations faites, nous traversons la ville direction le CINEVSTAV. Ce département de recherche a pour particularité de réunir de multiples disciplines (anthropologie, biologie, sociologie, écologie…) autour d’un projet commun : l’étude des relations existant entre l’homme et son environnement.

Pendant 2 jours, nous serons accueillis au sein du laboratoire, l’occasion rêvée d’en savoir un peu plus sur les travaux menés par l’équipe du Dr Montiel et sur la zone de los Petenes.

En route pour los Petenes

Mercredi 1er mai, jour de fête du travail également au Mexique, nous partons en compagnie du Dr Montiel et de Malena (étudiante argentine effectuant son stage de master au sein du labo) pour la Reserva de la Biosfera Los Petenes, située à 2h de route de Mérida.

El Remate : à la découverte de Los Petenes

Sept heures du matin, nous y voilà enfin, nous pénétrons en plein cœur du plus grand Peten de la zone, El Remate, d’une superficie totale de 30 Ha. Pour nous guider à travers le labyrinthe de mangrove qui sépare les 3 Petenes que nous souhaitons explorer, le Dr Montiel a fait appel aux services d’Enrique, chasseur émérite de la communauté de Tankuché vivant à proximité.

Le DMontiel (à droite) discute des observations réalisées par Enrique (à gauche) lors de ses sorties dans El Remate et notamment du singe blanc ...

Enrique prend la tête du groupe, nous commençons à nous frayer un chemin entre branches et racines, à la recherche des espèces animales peuplant les lieux. Enrique nous le dit ‟la diversité faunistique ici est incroyable : jaguar, ocelot, margay, jagarundi, singe araignée, tamandua, hocofaisan, pecari, cerf, flamant des Caraïbes …” soit, selon les dernières estimations, plus de 300 espèces d’oiseaux, 50 de mammifères, 50 de poissons et 20 de reptiles, autant de proies potentielles pour les chasseurs en charge de nourrir leur village.

Chaque pas dans la mangrove se révèle être une épreuve physique et mentale. Chaleur étouffante (40°C), omniprésence des moustiques et des taons, humidité permanente, ces conditions certes hostiles, sont les garantes de l’état de conservation exceptionnel des Petenes.

Vue d'un Peten depuis la mangrove. On observe aisément le gradient de vert qui indique le gradient de végétation.

Peu nombreux sont ceux qui osent s’aventurer dans un milieu aussi extrême. Nous en faisons partie et continuons notre route jusqu’à un deuxième puis à un troisième Peten dans le but d’observer le groupe de singes araignée peuplant El Remate. En vain, nous croisons un python, des hérons, des martin-pêcheurs, mais aucun singe. Nous nous arrêtons à proximité d’un cenote et profitons de sa relative fraîcheur pour écouter les récits d’Enrique. Il nous fait notamment part de l’existence d’un singe blanc qui vivrait parmi la population del Remate, ajoutant encore un peu plus au mystère planant sur la biodiversité des Petenes.

Refuge pour la vie sauvage

Trois heures de marche au cœur des Petenes auront suffi à nous convaincre du caractère unique des lieux. Nous ressortons comme étourdis de ce travail de terrain. Oppressant, magnifique, mystique, difficile de trouver les mots qui pourraient décrire cet endroit, difficile également de s’en détacher. Los Petenes laisseront une marque indélébile dans nos esprits et nos cœurs. Nous avons pris conscience de leur rôle ‟refuge” pour la faune de la réserve, notamment pour les oiseaux aquatiques qui doivent faire face à la destruction de l’habitat sur le littoral et aux battues (batidas) régulièrement organisées par les populations locales.

Un cormoran profite du refuge que lui offre El Remate.

Tant de mystères à élucider

  • Qu’en est-il de la biodiversité et de l’endémisme de la faune au cœur d’habitats si fragmentés ?
  • Comment le singe araignée, si sensible à la fragmentation de son habitat et aux mœurs arboricoles, peut-il survivre pendant la saison des pluies lorsque l’eau sépare les différents îlots forestiers ?
  • Singe blanc : mythe ou réalité ? Pourquoi n’a-t-il pas été rejeté du groupe comme c’est généralement le cas ?
  • Existe-t-il un réseau souterrain qui relierait les différents petenes entre eux ? Offrirait-il un moyen pour les espèces animales de migrer entre les différents Petenes ?

Réponse lors d’une prochaine expédition …

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