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Los Jovenes por la conservaci?n : des jeunes au service de la biodiversit?

Par : Julien Chapuis, le 17 Mai 2013 à 20:30

Une alternative de choix pour les jeunes de Cozumel

Cozumel, comme nombre de territoires au Mexique, n’offre que peu d’opportunités aux jeunes qui y vivent. Difficile pour les enfants de l’île d’élargir leur horizon et de sortir du schéma classique : sois pêcheur, travaille dans le tourisme ou tais toi !

La Fundación de Parques y Museos de Cozumel (FPMC) s’est saisie de Replica Watches cette cause selon un angle bien particulier. En 2003, les responsables de la fondation ont choisi d’offrir une chance unique aux enfants de l’île en les impliquant dans la protection et la conservation des richesses naturelles de Cozumel. Découvrir, connaître et protéger leur patrimoine, voilà le pari lancé aux jeunes qui formeront le groupe des Jovenes por la Conservación.

Panneaux explicatifs des actions réalisées par les jeunes de la Fundacion de Parques et Museos de Cozumel.

Un pari plus que réussi

Dix ans plus tard, le moins que l’on puisse dire c’est que l’objectif est atteint. Chaque année, une trentaine d’enfants âgés de 8 à 15 ans viennent participer sur leur temps libre aux diverses activités mises en place par la fondation. En l’espace d’une décennie, leur notoriété n’a cessé de croître au niveau national et international, certains des jeunes intervenant même à des congrès au Japon (COP10) ou encore au Brésil.

Connaissances en biologie animale, végétale, en écologie, en taxonomie, tout y passe, ces jeunes sont de véritables puits de sciences. En voici quelques exemples. Valeria, 14 ans,  anime régulièrement des sorties pour les touristes américains dans un anglais proche de la perfection. Son jeune frère Andrés, 12 ans, est capable d’identifier un total de 150 espèces de poissons récifaux. Jubilee et Claudia assistent le scientifique Pierre Charruau dans ses mesures sur les crocodiles. Adrián, surnommé Chan Chan (qui signifie ‟très petit” en maya), anime en compagnie d’Eric et d’Haziel une émission retransmise chaque semaine sur l’une des chaînes télé de Cozumel.

Quelques uns des jovenes accoudés au ponton surplombant la lagune de Punta Sur.

Au-delà d’une simple classe verte, Los Jovenes por la Conservacion apporte à ses enfants une source de développement et d’ouverture d’esprit qu’ils n’auraient pu trouver ailleurs. ‟ La plus belle des récompenses est de voir aujourd’hui des jeunes qui ont participé à cette initiative sur les bancs de la faculté ” nous indique Hector, responsable du pôle conservation et éducation environnementale de la FPMC, avec un brin d’émotion. Il poursuit en nous disant ‟ Le plus fou avec tout ceci c’est que ce groupe est reconnu sur le plan mondial et pourtant il reste méconnu à Cozumel et dans l’état du Quintana Roo ”. Paradoxe quand tu nous tiens …

A la rencontre de ces jeunes pas comme les autres

Durant les 4 jours que nous avons passés en compagnie de Los Jovenes por la Conservación, nous avons eu le privilège d’en découvrir un peu plus sur les travaux menés au sein de la FPMC. Hector, leur responsable, nous a d’ailleurs concocté un programme chargé.

Contribution au suivi de la population des crocodiles américains de Cozumel

Comme vous avez pu le constater dans notre précédent article Au plus près des crocos de Cozumel, captures et mesures sont devenues de simples banalités pour ces jeunes. Une aubaine pour Pierre Charruau, ravi de pouvoir les impliquer dans son travail. ‟ Vous savez, ces jeunes sont si motivés, si investis, c’est incroyable ! A leur âge, certains m’assistent déjà comme le ferait n’importe quel étudiant mexicain de licence voire même de master. Leurs prises de notes sont fiables, pertinentes. Ils m’étonnent chaque jour un peu plus. Travailler avec eux est un réel plaisir tellement leur soif de savoir est grande. ” Au final tout le monde s’y retrouve. Pierre a à sa disposition des assistants de choix, les enfants, eux, vivent des moments uniques au contact des crocodiles, gagnent en expérience et acquièrent des connaissances scientifiques de 1er ordre.

En arrière plan, les jeunes de la fondation m'observent pendant que je prends des photos, les pieds dans le bassin des jeunes crocodiles évidemment !

Surveillance et suivi des sites de nidification des tortues marines

Restons avec les reptiles mais passons aux tortues marines. A partir du mois de mai, trois espèces se retrouvent à Cozumel : la tortue imbriquée et la tortue verte qui viennent pondre sur les plages de l’île et la tortue caouanne qui est là uniquement pour se nourrir. Bonne aubaine, nous sommes justement en mai et les reptiles commencent tout juste à débarquer sur la plage de Punta Sur, l’une des quatre réserves gérées par la FPMC.

La plage de Punta Sur : lieu de ponte pour les tortues marines

Hector nous propose d’accompagner le petit groupe pour une surveillance de nuit. Parfait ! A la nuit tombée, nous partons donc à la recherche des tortues et de leurs nids. Rien… Frustrant mais pas étonnant, nous nous trouvons effectivement au tout début de la période de nidification des tortues marines. Lampe à la main, scrutant le sable dans l’espoir de trouver quelques traces laissées par l’’animal, Jubilee nous parle un peu plus en détail de leur travail : ‟ Vous voyez sur cette fiche, nous récoltons différentes données à l’arrivée des reptiles (nombre de nids, espèce concernée, prédation du nid) puis lors de l’éclosion des jeunes tortues (nombre d’œufs arrivés à terme ou non …). ” D’année en année, ces informations permettront de tirer un bilan de la dynamique des populations de tortues à Cozumel : sont-elles stables, en augmentation ou en diminution ?

Détermination et comptage des poissons récifaux

A peine remis de nos émotions de la capture du gros croco, nous voilà partis direction Chankanaab, autre réserve de la FPMC, à la découverte des poissons récifaux de Cozumel. En chemin, Hector nous raconte qu’il organise plusieurs fois par mois des sorties en mer pour les enfants en divers endroits de l’île. Avant d’enfiler palmes, masques et tubas, Andrés, notre jeune spécialiste en poissons récifaux, nous présente rapidement les différents groupes peuplant les eaux de Chankanaab, et en anglais s’il vous plaît ! Il est temps de se lancer à l’eau pour suivre les enfants dans leur travail. Munis de notre GoPro®, nous captons quelques images des enfants. Chaque espèce est ainsi déterminée et le nombre d’individus observés est ensuite noté. Comme pour les tortues, ces données seront ensuite utilisées pour comprendre la dynamique des populations de poissons peuplant les eaux de Cozumel, informations indispensables pour ajuster les méthodes de gestion mises place par la FPMC.

Restauration de la mangrove

Dernier jour à Cozumel et dernière sortie avec les enfants de la fondation, cette fois-ci nous nous rendons à Punta Sur pour planter quelques pieds de mangrove. En 2005, après Katrina, ce fut au tour de Wilma de frapper les côtes caribéennes et du golfe du Mexique. Gravement touchée, l’île de Cozumel a vu sa mangrove dévastée suite au passage de l’ouragan. Depuis 2007, la FPMC œuvre à la restauration de cet habitat si particulier. Entre deux plantations, nous demandons à Jubilee, Victoria et Andrés de nous en dire plus sur la mangrove et le travail qu’ils réalisent.

Jubilee débute ‟ Il faut savoir que la mangrove joue trois rôles écologiques majeures. Elle protège les côtes de l’érosion, elle sert de refuge pour de nombreuses espèces et elle filtre l’eau. Cette dernière action permet de limiter le transport et le dépôt de sédiments sur les récifs coralliens qui ont besoin d’une eau claire et pauvre en matières en suspension pour se développer. ” ‟ C’est pourquoi il est important de préserver et de restaurer la mangrove, elle est indispensable à l’équilibre de notre île ” ajoute Andrés. Sa sœur renchérît ‟ La mangrove se compose de 4 espèces différentes de palétuviers, le rouge au plus près de la mer, le noir plus en retrait puis le blanc et le gris situés en bordure. Chacune de ces essences participe à l’équilibre de la mangrove, c’est pourquoi nous les plantons toutes, pour essayer de recréer cet équilibre. ”

Jubilee (à droite) et Eric (à gauche) plantent un pied de mangrove rouge.

Cela prendra beaucoup de temps, tant les palétuviers ont une croissance lente. Néanmoins, 5 ans après le début de leur campagne de restauration, nous observons déjà le fruit de leur travail. Dans une zone gravement touchée par l’ouragan, se trouvent ici et là des pieds de palétuviers de 1, 3 et 5 ans que les enfants s’empressent de nous présenter. Chan Chan, Haziel et les autres jovenes nous ont d’ailleurs réservé une surprise. Deux pieds de palétuvier rouge n’attendent plus que nous pour être mis en terre. Nous nous mettons rapidement au travail sous les encouragements des enfants qui disposent à proximité de chaque plantation un morceau de bois gravé de nos prénoms. Touchés par cette attention, nous nous promettons de revenir à Cozumel pour suivre la croissance de nos jeunes pousses de palétuvier et des jeunes pousses de Los Jovenes por la Conservación.

Au premier plan, un pied de mangrove rouge mis en terre il y a 5 ans, en arrière plan, les restes blanchis de la mangrove dévastée lors du passage de l'ouragan Wilma.

Echanger pour mieux préserver

Après ces quatre jours riches en expériences et en émotions, il est temps pour nous de regagner le continent. Hector, qui n’était pas présent pour notre dernière journée à Cozumel, tient absolument à nous dire au revoir. Nous l’attendons au bureau de la fondation. Anticipant son retard, habitude mexicaine oblige, nous en profitons pour échanger à propos de ce projet et de futures collaborations. L’un comme l’autre, une idée ne cesse de trotter dans notre tête : mettre en place un programme d’échange entre des jeunes du Maine-et-Loire et los Jovenes por la Conservación. Conserv-Action planchera sur le sujet en 2014, notamment dans le cadre du festival 360° à l’Ouest où les membres de l’association interviendront auprès des enfants de différentes écoles du bassin de vie Loire & Mauges.

A très vite Los Jovenes por la Conservacion !

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