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Le corail menac, la plante en danger

Par : FJ Rthor, le 26 Mai 2013 à 06:52

Du cercle vertueux au cercle vicieux

L’homme n’a de cesse d’exploiter la mer et ses ressources. Pêche intensive, extractions sous-marines, transport de marchandises, tourisme de masse… Sa main mise sur les océans ne connait pas de limites. Trop longtemps il a considéré les écosystèmes marins comme un dû et une denrée inépuisable. Maintenant que la corne d’abondance se tarit, il en paie le prix, le prix de la méconnaissance ? La question est bien là, l’homme ne sait que peu de choses au sujet des océans, tantôt considérés comme fascinants, tantôt comme effrayants. De la méconnaissance est alors née l’impunité. Il s’est octroyé le droit d’agir sur les mers comme bon lui semble, non pas par suprématie mais parce qu’il n’a pas à se soucier d’un monde qui lui est inconnu. Ce qui se passe sous l’eau reste sous l’eau, c’est ainsi que nous polluons et jetons nos déchets directement à la mer, sans arrière-pensée, comme si toutes nos immondices disparaissaient une fois englouties par les flots.

Et pourtant, elles ne tardent pas à ressurgir. Marées noires, nappes de plastique et de produits solaires, naufrages, autant de fléaux qui viennent s’abattre sur l’un des écosystèmes les plus précieux au monde, le récif corallien, et nous impacter directement. La boucle est bouclée, nous sommes sortis du cercle vertueux pour entrer dans un cercle vicieux.

Le corail nous veut du bien

Le public commence à peine à mesurer l’importance des services rendus par les récifs coralliens. En voici quelques exemples frappants :

  1. Sans les barrières de corail, pas de vie marine. Plus d’un tiers des espèces marines vivent dans les récifs et de nombreuses autres y passent une partie de leur cycle de vie.
  2. Sans les barrières de corail, ni sable ni plage. Le squelette calcaire formé par les coraux constitue l’essentiel du sable blanc des plages insulaires.
  3. Sans les barrières de corail, pas de protection des côtes sous les tropiques. Cent pays sont concernés. 8% de la population mondiale dépendent directement de la protection et des ressources offertes par le corail.
  4. Sans les barrières de corail, augmentation du réchauffement climatique. Les coraux capturent le dioxyde de carbone au même titre que les arbres réduisant significativement l’impact des gaz à effet de serre et par extension le réchauffement climatique.

Le massif d'Acropora palmata offre un exemple saisissant du rôle refuge joué par le corail pour les espèces qui l'habitent.

Lorsque l’on mesure l’importance des services rendus par les coraux, on peut se demander alors ce qui vient freiner l’effort de conservation les concernant. L’opinion publique, les gouvernements, les institutions sont d’avantage préoccupés par les ravages liés à la déforestation que par la perte exponentielle des récifs, moins visible donc moins choquante.

Le défi d’Oceanus : restaurer la barrière de corail contre vents et marées

Conserver le corail n’est déjà pas une mince affaire, alors le restaurer, c’est encore une autre chose. Il y a 7 ans, Gabriela et Miguel ont décidé de fonder l’association Oceanus ‟ pour réparer les récifs coralliens car personne ne s’en préoccupait ”. ‟ Au commencement, nous avions juste de quoi acheter une imprimante, éditer quelques prospectus et sensibiliser le public de Veracruz à notre cause. Puis peu à peu, la population s’est prise d’intérêt pour notre projet et en a surtout compris les bénéfices. Ce sont ensuite les agences gouvernementales qui ont fait appel à notre service d’expertise en matière de gestion du récif ” nous confie Gabriela. Oceanus commence alors à se faire une réputation et devient rapidement le grand défenseur du reef à Veracruz. Tout en invitant les locaux à employer des techniques de pêche plus respectueuses et plus durables, ils les forment également à la plongée. Des revenus sont même alloués aux personnes participant à l’entretien des nurseries de coraux mises en place par l’association. Oceanus ouvra ainsi les portes de nouveaux emplois aux familles de pêcheurs. Vicieux vous disais-je un peu plus tôt ? Gabriela et Miguel tentent de nous prouver le contraire.

Les nurseries de Xcalak 

Nous revoici sur les bords de la lagune aux sept couleurs de Bacalar, là où nous vous avions laissé dans notre précédent billet, dédicace aux plus fidèles de nos lecteurs. Notre bivouac établi à mi-chemin entre le siège d’Oceanus, basé à Chetumal, et la zone de restauration de corail établie par l’association à Xcalak, Gabriela et Miguel décident de nous récupérer sur leur chemin. Après deux heures passées sur une route des plus rustiques, nous découvrons Xcalak, petite ville de pêcheurs au milieu du parc national du même nom. La nuit tombe, nous profitons des dernières lueurs du soleil pour installer nos tentes et partager un repas.

Notre premier bivouac sur la plage s'est avéré pour le moins venteux.

C’est l’occasion pour nos deux compères de présenter plus en détail leur nouveau projet de nurserie et le programme qui nous attend le lendemain. ‟ A Xcalak, nous avons installé des nurseries dans trois zones bien précises, un moyen efficace de juger de l’impact des conditions environnementales sur la croissance des coraux. La première se situe sur la crête de la barrière, là où la profondeur de l’eau est la plus faible. La deuxième est localisée en plein cœur du massif d’Acropora palmata. La troisième, plus dégagée, se trouve au niveau de la prairie marine. Voilà où nous nous rendrons demain matin ” prévoit Gabriela. ‟ Ces sorties ont pour objectif de contrôler la croissance des colonies, leur état physiologique, la présence de maladies (caractérisée par une profonde décoloration) et de débarrasser les nurseries des algues qui altèrent leur croissance” ajoute Miguel.

Beaucoup de vent cette nuit-là et des crabes pour nous tenir compagnie.

Nous voilà d’attaque le lendemain : palmes, masques, tubas, crème solaire (biodégradable) et caméra. Marcelo, notre capitaine accompagné de son fils, Marcelo Junior, nous emmène sur son embarcation. Il connait le coin comme sa poche.

L'équipage est au complet : Miguel et Gabriela au premier plan, Marcelo et Marcelito en arrière plan.

Premier arrêt : le site d’échouage d’un navire. Pour la petite histoire, son propriétaire a préféré fuir, laissant le bateau encastré sur la barrière, plutôt que de payer une amende pour la destruction engendrée. Réparer les dommages de ces naufrages, c’est la priorité d’Oceanus. La tâche est lourde. Quelques minutes suffisent à détruire des milliers de colonies de corail tandis qu’il faudra des dizaines d’années pour qu’elles soient reconstruites.

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(1) épave du navire écouhé sur la barrière de corail : exemple frappant de l'incapacité des autorités mexicaines à agir en faveur des coraux; (2) fragment de corail issu de la collision du bateau contre la barrière.

La restauration des coraux : mode d’emploi

Impossible d’écrire cet article sans faire allusion à au site nurserie n°2, de loin le plus spectaculaire des trois sites que nous avons visités ce jour-là. Autour de nous, à fleur d’eau, des milliers de colonies d’Acropora offrent un refuge de choix à de multitudes de poissons, crustacés, mollusques et autres invertébrés.

Le massif d'Acropora palmata : un écosystème en tout point exceptionnel.

Une véritable forêt sous-marine.

Au milieu de cette forêt corallifère, à l’abri de la houle et des vagues, nous avons enfin l’opportunité de découvrir les nurseries de coraux. Pendant de longues minutes, apnée après apnée, nous observons au plus près ces assemblages de tubes PVC qui quadrillent le fond de la mer. ‟ Pourquoi du PVC ? ” demandons-nous à l’issue de la plongée. ‟ Parce qu’il apporte un substrat de qualité pour la fixation du corail puis pour sa croissance. Ce choix est le fruit de très nombreux essais, plus ou moins fructueux. Nous avons même essayé les embouts de bouteilles CocaCola®, un bon moyen de lever de nouveaux fonds, mais ce n’était pas très efficace ” nous explique Miguel. Revenons donc à notre PVC. Chaque cylindre abrite en son extrémité une colonie d’Acropora palmata qui était, il n’y a pas si longtemps que cela, un fragment de corail à la dérive.

C’est là que le travail de l’équipe d’Oceanus commence. Première étape : évaluer l’état de santé des débris récoltés. Deuxième étape : sélectionner les coraux les plus viables pour former une nurserie. Troisième étape : définir, en fonction de différents critères, un site d’accueil pour la nurserie et le bon développement des coraux. Quatrième étape : mettre en place le dispositif et fixer les fragments. Ce ‟ mode d’emploi ” made in Oceanus continue de faire ses preuves. Sur les plus de 2000 colonies implantées par l’association, 80% survivent et croient d’année en année.

Une des colonies d'Acropora composant la nurserie. Elle se développe bien et pourra bientôt être implantée.

L’avenir des coraux

Se résoudre à réparer la barrière corail, trop peu pour Gabriela et Miguel. ‟ Dans un monde idéal, je ne veux pas à avoir à panser les coraux » nous dit Gabriela, « je veux résoudre les problèmes à la source ”.

En quelques mots, voici les activités sur lesquelles se penchent aujourd’hui Oceanus en parallèle de leurs grands travaux de nurseries à Veracruz, Sian Ka’an et Xcalak :

  1. Les échouages de navires : des balises de délimitation des zones à risque permettraient d’éviter de futurs échouages et donc le désastre que ceux-ci engendrent. Loin des préoccupations des autorités locales, l’acquisition des bouées et des autorisations relatives à leur installation dans le parc national est extrêmement difficile.
  2. Le contrôle de la qualité de l’eau : les coraux n’ont pas le même taux de croissance entre les différents sites d’étude d’Oceanus. Cela pourrait être dû en partie à la présence (ou à l’absence) de polluants et de nutriments dans l’eau. Pour le savoir, Oceanus a besoin de plusieurs appareils de mesure assurant un suivi sur le long terme des critères de qualité de l’eau, souvent responsables de la mortalité des coraux. ‟ Les taux de croissance entre nos différents sites sont très variables et la qualité de l’eau pourrait sans doute expliquer cet écart ” témoigne Gabriela.
  3. Education, sensibilisation et formation : Gabriela et Miguel ont déjà entrepris un travail de sensibilisation des communautés étroitement liées aux récifs. Les pêcheurs peuvent suivre des formations de plongée et de monitoring, leur offrant ainsi d’autres opportunités d’emploi tout en protégeant les récifs.

Le début d'une belle collaboration en faveur de la barrière de corail mésoaméricaine !

Notre rencontre avec les membres d’Oceanus touche à sa fin. Nous gardons en tête les milles et unes couleurs des coraux, la vie qui les entoure, mais par-dessus tout leur grande fragilité. L’humanité danse sur un fil sans en mesurer le danger. Nous exploitons sans raison nos terres et probablement encore plus nos mers. Le dénouement de cet article n’a rien d’une belle conclusion, il vous laissera peut-être avec un goût amer de regret ou de désespoir, mais, nous le souhaitons, avec d’avantage l’envie d’agir.

 

 

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