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L'aventure et ses galères

Par : Barbara Rthor, le 28 Mai 2013 à 03:04

La vie est belle pour nous autres explorateurs : le soleil et la mer, la jungle et ses animaux exotiques, l’aventure à chaque instant. Un tableau si parfait.

Nous voilà jour 43 de l’expédition et il me semble que le moment est arrivé de vous dépeindre la franche réalité de notre quotidien, de vous en dire un peu plus sur la face cachée de ces jolis articles.

Je lève le rideau sur les dessous de l’Expédition Biodiversité 2013. Sur le podium des galères, pour le moment nous trouvons :

En 3ème position : dormir

En 2ème position : manger

En 1ère position : se déplacer

Oui, je place ici, en première position, le transport. Il mérite cette place après notre passage de frontière du Mexique au Belize. Laissez-moi vous raconter cette aventure.

Chetumal, Mexique. 14h, samedi 18 mai 2013. Nous sommes au Mercado Nuevo sous une chaleur torride. La pollution est pesante, le bruit incessant, la foule s’agite autour de bus tous plus endommagés les uns que les autres. Suivant les indications de Paul, notre hôte à notre arrivée au Belize, nous cherchons un bus de couleur bleue claire qui partirait à 14h45 non-stop direction Sarteneja au Belize. Nous chercherons en vain ce bus puisqu’il n’existe pas selon les personnes à qui nous nous adressons. « Il vous faudra changer de bus à Orange Walk pour vous rendre à Sarteneja, il n’en existe pas de direct ». Bon, nous montons alors dans un bus, marron et vert, rien à voir, direction Orange Walk. On ne veut pas lâcher nos sacs car 1 : les soutes ne ferment pas vraiment et 2 : les panneaux indiquant que le personnel se décharge de toute responsabilité de perte ou vol de bagages n’aident pas non plus ! Imaginez-nous alors, chacun avec un gros sac, plus 1 petit, plus 1 sac de nourriture, monter dans un bus déjà plein à craquer. Il reste bien quelques places au fond, mais elles sont occupées par des sacs de courses et personne ne bougera. Julien trouve un siège où il se pose avec les 2 gros sacs, autant dire qu’il est enseveli sous 40 kgs. Pour ma part, je gère les 4 petits sacs comme je peux. 30 minutes plus tard, nous voilà au poste frontière, tout le monde descend avec son passeport. Nous laissons nos sacs dans le bus et nous prenons la file d’attente, comme tout le monde. Nous sommes légèrement différents en tant qu’Européens puisqu’il nous faut nous rendre dans un autre bâtiment de l’autre côté de la rue alors que le reste des passagers reprend sa place dans notre cher bus. Nous voilà devant le guichet où il faut payer nos frais de sortie du Mexique, 295 pesos ou 25 US dollars par personne. J’ai en poche 300 pesos, je ne peux payer que pour une personne ! Ouf, on peut payer par carte bancaire. Ah, dommage, c’était sans compter le fait que le lecteur de cartes ne fonctionne pas. Une fois, deux fois, trois fois, rien à faire, il y a un souci technique avec ce lecteur de carte. Notre chauffeur s’impatiente, il est d’ailleurs venu nous retrouver. Il est très nerveux et tente de discuter avec la dame du guichet, nonchalante au possible. Je commence à monter le ton, insistant sur le fait que c’est inadmissible de ne pas pouvoir régler nos frais plus facilement. Pas de distributeur ni de négociation possible, on est coincé. Le chauffeur abandonne l’affaire, il nous rend nos 100 pesos de trajet et nous « invite » à aller reprendre nos sacs dans le bus, à descendre le plus rapidement possible et à prendre un prochain quand on aura résolu l’histoire de la carte ! A ce stade, j’ai les papiers attestant que je suis officiellement sortie des terres mexicaines, mais pas Julien. Aïe !

On retourne au bus. Le regard des passagers est fort désagréable. J’ai un flash alors : il nous reste 20 US dollars bien cachés au fond d’un sac. Je m’empresse de les trouver et je dis au chauffeur avec les yeux les plus doux possible de m’attendre, que je vais régler tout ça. Je laisse Julien derrière moi, je sors du bus en trombe, me précipite vers le guichet et, heureuse comme tout, donne mes 20 US dollars et 100 pesos que je viens de récupérer, ça fait le compte. De l’autre côté de sa vitre, la fameuse dame du guichet, inexpressive au possible, m’annonce qu’elle ne peut recevoir les paiements qu’en une seule devise. « Comment ? Ce n’est pas possible. Echangez-moi mes pesos ou mes dollars alors !? » Impossible. Je suis dépitée. « Reprenez un bus vers Chetumal et allez retirer de l’argent » me dit-elle. C’en est trop ! Je rage. Je décide de retourner au bus voir Julien et je le trouve en plein milieu de la route, en plein soleil, dans la poussière, entouré de tous nos sacs. Aie, il s’est fait virer du bus. Il me dira plus tard que les gens étaient affreux dans le bus et qu’il avait tenté d’expliquer qu’il n’y était pour rien. Encore une fois, rien à faire, on l’a même gentiment aidé à sortir les sacs du bus. Je lui explique que je ne sais plus quoi faire. Nous retournons alors dans le bâtiment, là où la dame du guichet se trouve.

Je respire, je me calme. Ok, je réattaque. Je me dirige vers elle et j’annonce « qu’est-ce qu’on fait maintenant, sérieusement ? Je dois être au Belize ce soir, je suis attendue ». L’idée de m’envoyer chez ses voisins de la douane lui surgit alors, histoire de voir si je ne peux pas échanger mes dollars ou pesos là-bas. Très bien, je m’y rends de ce pas. Julien, quant à lui, attend patiemment que mes négociations avancent, il s’assoit avec nos sacs et tente de respirer un peu suite à son triste épisode du bus. Je ne me dégonfle pas, je passe à côté d’un militaire armé qui s’empresse de me stopper. Je dis que je dois aller parler avec les gens de la sécurité et j’ai dû être convaincante, parce que ça a suffi. Me voilà face à une femme et un homme, je leur narre ma mésaventure et leur demande leur aide. Conclusion des négociations : je vends mes 20 US dollars pour 220 pesos, c’est une affaire. Ce n’est que 5 minutes plus tard et de discussions entre officiers qu’on m’annonce finalement qu’ils ne peuvent rien faire, à cause des caméras de surveillance. Ils ont peur d’être vus en train d’échanger de l’argent. Grrrr…tout ça pour rien. La femme, me voyant plus que dépitée, décide de me raccompagner au guichet et tente, elle aussi, de négocier le change de devises. Son uniforme n’aura aucun effet sur la dame du guichet. Aucune pitié. Je regarde Julien, il lit dans mes yeux le désarroi. Je décide de tenter une dernière fois la transaction bancaire, avec une autre carte. Et là, hourra, ça fonctionne ! Je crie victoire. Julien a du mal à y croire.

Il aura fallu plus d’une heure pour enfin avoir nos deux reçus de paiement des taxes de sortie de territoire. Maintenant, il est presque 16h et le temps presse si on veut arriver avant la nuit à Sarteneja. On se demande même si on arrivera à trouver un bus à Orange walk.

En sortant du bâtiment, nous voyons un bus qui se trouve à la même place que notre ancien. Nous nous précipitons dans la file d’attente, passeports à la main. Yes ! Ce bus va à Orange Walk ! Le chauffeur, qui doit avoir 18 ans, se demande ce que nous faisons là. Il compatit à l’écoute de nos péripéties et nous invite à monter dans son bus. De plus, il nous assure qu’il y a bien un bus qui ira à Sarteneja à notre arrivée à Orange Walk, « no problem ». « Combien pour le trajet ? » je demande, « 50 pesos pour vous deux » me répond-on. Ah, on a dû se faire arnaquer la 1ère fois.

On monte alors dans ce bus, encore une fois bien plein, où chacun a pris ses aises depuis la ville de Chetumal. On se dirige tout au fond en tentant de nous faire une petite place dans cette cohue. Deux minutes plus tard, le bus s’arrête, tout le monde doit descendre avec tous les bagages. C’est la frontière du Belize. Encore une fois la queue, encore une fois les passeports, mais cette fois-ci devant des officiers béliziens, tampons d’entrée sur le territoire à la clé. Les douanes ne nous arrêteront pas, grande chance d’ailleurs, car notre bus klaxonne à perdre la raison. On embarque, trouve un bout de place.

Les bus ici n’ont pas vraiment d’arrêts bien définis. Nous assistons au défilé de personnes qui entrent et sortent du bus aux endroits les plus improbables. Julien a repris sa place favorite, enfoui sous les deux gros sacs. Je partage mon siège avec deux autres passagères. Peau contre peau, on colle, on sue…on prend son mal en patience. Une heure plus tard, on se trouve au terminal de bus d’Orange Walk. Nous nous apprêtons à descendre comme tout le monde, mais le chauffeur nous dit qu’il va nous déposer à l’arrêt du bus qui va à Sarteneja. On se regarde et on décide de lui faire confiance. Nous voilà seuls dans le bus qui fonce dans les petites rues d’Orange Walk, glauques à souhait ! Dix minutes plus tard, le bus stoppe et le chauffeur nous indique que l’on doit attendre ici un bus couleur bleue claire qui devrait arriver d’ici un quart d’heure. Ah ! Le voilà donc, le bus bleu dont Paul avait fait allusion !

Ce n’est qu’une heure et demie plus tard que le bus arrive enfin. La nuit commence à tomber. Le bus est plein, vraiment plein ! Julien reste debout dans l’allée, sac à dos à dos, c’est la lutte. La route allant jusqu’à Sartaneja n’est pas goudronnée et le chauffeur doit penser avoir un véhicule tout terrain entre les mains, tant virages et bosses ne semblent lui faire peur. Après un certain temps, quelques places se libèrent. On laisse les sacs dans l’allée et Julien peut enfin s’asseoir. Parmi les passagers, il y a quelques hippies anglais dont un semble avoir légèrement abusé des petits gâteaux rigolos qu'il a entre les mains. Le contrôleur monte le son et le chauffeur a mis ses lumières et projecteurs en route. Nous avons le droit aux hurlements de notre cher voisin hippie sur chaque chanson. Il applaudit et siffle le contrôleur qui se met à rouler des hanches pour amuser la galerie. On se croirait dans une fête disco de mauvais goût avec en prime des odeurs de bière : le bus de l’enfer qui fonce sur cette route accidentée dans la nuit. Les bouteilles de verre jetées par terre se fracassent à chaque virage, attention les pieds ! La musique parait de plus en plus forte, c’est insupportable. Le contrôleur est probablement ivre puisqu’il oublie de revenir nous voir pour que l’on paie nos billets.

Bientôt deux heures dans ce bus et on arrive enfin à Sarteneja. Il fait nuit noire. Chacun est déposé chez soi, jusqu’à ce que l’on soit quasi seuls dans le bus. Il reste cette femme au look européen avec ses deux garçons qui finit par nous adresser la parole : « Vous allez à Wildtracks ? ». On est tous les deux surpris. Comment sait-elle ça ? On répond que oui et elle nous dit qu’elle a appelé Paul et qu’il va venir nous chercher chez elle. Bon. C’est un peu étrange comme dénouement de ce trajet chaotique, mais on est ravis.

On se retrouve dans une maison horriblement sale et encombrée. La femme nous explique que son mari travaille pour Paul et que quand elle nous a vus, elle se doutait qu’on allait à Wildtracks. Il faut dire qu’il n’y a pas vraiment beaucoup d’étrangers à Sarteneja et que pour la plupart, ce sont des volontaires là-bas. Paul arrive alors, on remercie cette charmante dame et on monte dans le gros 4x4. Quelques kilomètres plus tard, nous arrivons sur une jolie propriété au bord de la lagune de Corozal. On entre alors dans la maison, c’est l’heure du dîner, plus de 20 personnes sont à table, wow ! Changement radical d’ambiance, tous ces volontaires sont anglophones et partagent fous rires et anecdotes. On se joint à eux et on ouvre grands les yeux sur le bébé singe hurleur qui se blottit dans les bras de Paul : c’est l’heure des câlins pour ‘little bean’ qui a été sauvé à sa naissance lorsque sa mère a été tuée.

Nous sommes exténués et décidons d’aller planter la tente. Il n’y a plus d’eau pour prendre une douche donc on va se rincer dans la lagune, malgré le fait qu’elle soit salée et vaseuse. Après ce rafraîchissement, c’est l’heure de fermer les yeux sur cette longue journée.

Les moments de galère ont toujours une fin, bien heureusement. D'ailleurs, qu'est-ce-qu'on rigole après coup ! Et qui plus est, ce sont ces mêmes moments qui nous permettent de relativiser et d’apprécier d’autant plus le reste de l’aventure. 

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