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Les ruines de Copan, plus vivantes que jamais

Par : Julien Chapuis, le 24 Août 2013 à 08:18

Peut-être l’avez-vous déjà compris, notre séjour au Honduras a été largement écourté. Nous avons rencontré plusieurs complications, relatées dans notre dernier article des Nouvelles Fraîches ‟ Les soucis honduriens et le passage au Nicaragua ”, qui nous ont amené à prendre une telle décision. Impossible toutefois de réduire notre périple hondurien à une succession de désillusions tellement notre expérience à Copan Ruinas fût riche. Vous allez très vite comprendre pourquoi.

Macaw Mountain, un parc qui a du sens

A Copan, nous avons rendez-vous avec Lloyd Davidson, directeur du Macaw Mountain bird park & nature reserve, un parc entièrement dédié à la réhabilitation des oiseaux tropicaux.

Bien plus qu’un parc zoologique

Nous sommes toujours très prudents lorsque nous visitons des structures dont les revenus proviennent quasi intégralement du tourisme. En effet l’action de Conserv-Action se concentre sur les aspects conservatoires et de protection des espèces animales menacées, non sur le pendent touristique qui peut en découler. Nous arrivons donc avec quelques réserves pour notre rendez-vous au Macaw Mountain, Lloyd qui est là pour nous accueillir, va rapidement les lever. Les présentations faites autour de l’excellent café produit sur la plantation Miramundo dont Lloyd est le propriétaire, nous entamons la visite du refuge. Le cadre nous séduit aussitôt, les enclos se perdent dans une jungle luxuriante où les oiseaux sauvages côtoient les oiseaux captifs, une rivière se fraye un chemin au milieu de cet éden. D’éden, le Macaw Mountain n’en a pas que l’allure, les conditions de captivité offertes aux animaux sont exemplaires et le parcours pédagogique proposé au public est d’une grande pertinence. La pertinence c’est ce qui définit finalement le mieux la vocation de ce refuge, donner une seconde vie à ces oiseaux autrefois condamnés.

Enclos de semi-liberté du groupe de aras macao avant leur mise en liberté prévue en septembre.

L'environnement luxuriant de Macaw Mountain.

Le Honduras avance …

Rescapés du commerce illégal ou des dommages collatéraux liés à la déforestation, les oiseaux tropicaux arrivent de plus en plus nombreux à Macaw Mountain. ‟ Le nombre d’oiseaux touchés n’a pas augmenté au fil des ans, c’est la responsabilité des hommes qui est en jeu, les gens nous retournent plus facilement ces oiseaux. La prise de conscience s’accroît petit à petit au Honduras, notamment chez les plus jeunes, c’est un très bon signe ! ” partage Lloyd. Toutes les semaines de nouveaux pensionnaires arrivent au parc dans un état plus ou moins préoccupant. Si ce ne sont pas les autorités locales, police et armée, qui viennent déposer des oiseaux confisqués, ce sont les locaux qui s’en chargent. Quelques jours auparavant, l’arbre où se trouvait le nid de trois jeunes toucanets émeraude (Aulacorhynchus prasinus), a été mis à terre. Les fautifs, conscients de leur erreur, se sont chargés d’apporter les oisillons au parc, une démarche loin d’être monnaie courante il n’y a pas si longtemps.

Parfois à reculons

La diversité des espèces présentées au sein du parc est par conséquent impressionnante : toucan à carène, faucon gris, chouette pygmée, grand-duc d’Amérique, buse cendrée, ara macao, ara de Buffon, ara ararauna, amazone du Yucatan, amazone à front blanc, amazone à lores rouges, amazone meunier, amazone à front jaune... des perroquets pour la plupart et cela reflète bien la réalité. Hôtels, restaurants, maisons, magasins, stations de bus, trop fréquentes ont été les occasions d’observer ces oiseaux en cage au cours de l’Expédition Biodiversité 2013, l’impunité est partout en plus d’être visible.

L'amazone meunier (amazona farinosa) l'une des espèces de perroquets les plus prisées sur le marché noir.

Ces oiseaux, confinés dans des cages trop petites pour voler, sont également séparés de leurs congénères sociaux. Quand on mesure l’importance des comportements sociaux chez les perroquets, on ne peut cautionner leur captivité. De plus et ce n’est pas sans importance, ces agissements sont totalement illégaux.

NB. Face à cette situation intolérable, Conserv-Action s’engage. Tout au long de notre périple, nous prenons note de ces agissements afin de les dénoncer. De retour en France, nous alerterons les autorités compétentes de chaque pays et/ou ville concerné(e) et les mettrons en relation avec les personnes fautives.

Au cas par cas

Les oiseaux du parc sont tous à des stades de réhabilitation différents. Certains ne restent que quelques jours, histoire de récupérer quelques forces. D’autres, gravement blessés, peuvent rester des semaines voire des mois. Il y a aussi quelques oiseaux qui ne pourront être relâchés car non originaires du Honduras ou des pays voisins. C’est par exemple le cas du Ara ararauna, originaire d’Amérique du Sud, qui est malheureusement très prisé sur le marché illégal en direction des Etats-Unis. Ces perroquets finiront leur vie en semi-liberté à Macaw Mountain.

Ce Ara ararauna est voué à finir sa vie en semi-captivité car non originaire d'Amérique centrale.

Les autres cas de non-relâche concernent les oiseaux inaptes, ceux qui, trop touchés, sont incapables de voler, manger ou interagir. Ces pensionnaires participent alors aux différents programmes de sensibilisation et d’éducation menés par le parc dans les écoles de la région et auprès du grand public.

Les aras macao

D’une idée à un projet ?

Il existe un oiseau star à Macaw Mountain, il s’agit du Ara macao. Cet oiseau majestueux est présent en grand nombre au parc et certains individus se reproduisent depuis plusieurs années. L’idée de les relâcher a alors émergé, ‟ James Gilardi (directeur exécutif du World Parrot Trust) est venu visiter le Macaw Mountain il y a plusieurs années. Après avoir fait le tour du parc il me lança ‟ Tes macaos sont nombreux, certains se reproduisent et élèvent des jeunes, pourquoi ne pas réintroduire un groupe en milieu naturel ? ” Après notre rencontre, je me suis alors mis au travail. ” La tâche n’était pas aisée, cette espèce est en effet très exigeante en terme d’alimentation et de nidification. Lloyd s’est alors mis à la recherche d’un habitat adapté pour leur relâche. Attention lecteur, l’histoire qui suit à des allures de conte de fée.

Les couleurs resplendissantes du Ara macao.

Des aras élevés comme des poulets …

A quelques kilomètres de Macaw Mountain se trouve l’ancienne cité maya de Copan. Il y a quelques années, ce site archéologique avait pour particularité d’héberger un petit groupe de aras macao issu de la contrebande et introduit là de manière complétement anarchique. Physionomie, physiologie, comportement, rien n’allait dans le bon sens. Ces perroquets au lieu d’occuper la cime des arbres et de se nourrir de multitudes de fruits, noix et graines, étaient réduits à vivre au sol et à se nourrir du maïs qu’on leur lançait. Rien n’augurait alors d’une éventuelle réintroduction du ara macao sur le site des ruines de Copan.

Encore aujourd'hui et après plusieurs nichées, certains oisillons continuent à être élevés au sol, surprenant mais couronné de succès !

L’équation parfaite

Pourtant, tout se tient, tout est cohérent. On sait d’abord que les aras étaient présents sur le site et dans la vallée environnante, il y a plus de 70 ans. L’habitat semble idéal, suffisamment vaste pour accueillir plusieurs groupes il abrite également les essences d’arbres utilisées par le ara pour nidifier et s’alimenter. Il retrouverait ainsi son habitat originel et les ressources nécessaires à son maintien. Pour parfaire le tout, le site des ruines de Copan bénéficie du statut de patrimoine mondial de l’UNESCO, assurant ainsi la protection des nids contre le braconnage ou la déforestation.

Les ruines de Copan, site UNESCO dont la protection bénéficie désormais au ara macao.

Quand le mythe rejoint la réalité

Copan, plus que toute autre antique cité maya, partage son histoire avec celle du ara macao. Les représentations de l’oiseau sacré sont partout du terrain de jeu de balle jusqu’au temple principal.

Voici deux exemples des têtes sculptées du ara macao qui ornent les pourtours du jeu de balle de Copan.

Elles rappellent qu’il était considéré comme le puissant dieu du soleil, volant entre Terre et cieux avec ses couleurs vibrantes. L’histoire nous dit que son pouvoir était tel que le fondateur de la dynastie royale de Copan, K’inich Yax K’uk’ Mo’, a été nommé d’après deux oiseaux, le ara macao et le quetzal. Sur l’un des murs du temple funéraire du roi, un bas-relief en stuc représentant les deux oiseaux sacrés entrelacés vient rappeler le lien si particulier unissant Copan, sa dynastie et le ara macao.

A gauche : représentation du dieu soleil sous les traits du ara macao, à droite : peinture des deux oiseaux sacrés, le quetzal et le ara macao.

Le culte des mayas pour le perroquet ne s’arrêtait pas là, les rois et les nobles se couvraient de parures décorées de ses plumes pour affirmer leur puissance et leur rang au plus proches des divinités qu’ils vénéraient.

Du mythe à la réalité, du passé au présent la frontière se révèle parfois infime, c’est que nous prouve la réintroduction du ara macao à Copan.

L’envol du dieu soleil

Des conditions environnementales optimales, une aire protégée, une cohérence historique, des oiseaux prêts à être libérés, une chose restait cependant à régler : réhabiliter les aras présents sur place pour qu’ils puissent servir d’exemple aux futurs individus réintroduits. La première décision fut de changer leur régime alimentaire, de le diversifier. Très rapidement les oiseaux ont repris des couleurs et se sont remplumer. Ensuite, il fallut placer des mangeoires à divers endroits et hauteurs pour les inciter à se déplacer en volant. Peu à peu, les aras macaos retrouvaient des comportements adaptés et s’émancipaient de l’homme. Ils étaient prêts à accueillir d’autres congénères.

C’est finalement en 2011 que la décision de réintroduire 8 aras a été prise. Après quelques semaines passées dans un enclos de pré-relâche sur le site des ruines où ils ont pu s’acclimater avec leur nouvel environnement et les individus déjà présents, les 8 aras macao se sont envolés et ont immédiatement rejoint la cime des arbres et leurs congénères. Nous vous avions prévenu, un véritable conte de fée ! Très vite, le groupe s’est formé, de nouvelles affinités se sont nouées et plusieurs macaos ont vu le jour dans des nids naturels et artificiels.

Après leur réintroduction les aras se sont rapidement associés en unités et sous-unités, en voici 2 exemples.

Aujourd’hui, 34 individus survolent les ruines de Copan dans un balai étourdissant et tonitruant. Ils n’ont pas seulement retrouvé la liberté, ils ont également retrouvé la place qui était la leur pendant des siècles, dans un lieu marqué de leur empreinte. Le dieu soleil veille de nouveau sur Copan.

Quelques individus parmi les 34 occupant à l'heure actuelle la forêt des ruines de Copan et ses alentours!;

Un futur en pointillés

Le programme de réintroduction de Macaw Mountain semble en bonne voie, plusieurs individus sont déjà prêts et attendent d’être libérés en septembre prochain. Pour autant, il reste fragile, Lloyd en est conscient ‟ On ne peut encore parler de succès. Quand le nombre d’individus sur le site sera plus important, quand la population ne nécessitera plus aucune intervention de la part de l’homme en terme de recherche alimentaire, de reproduction et de nidification alors là oui, le mot succès pourra être employé. ” Pour ce faire, Macaw Mountain a besoin de soutien afin de continuer à réhabiliter et à réintroduire les aras et les autres oiseaux du parc. Après cette visite, Conserv-Action a décidé de travailler sur un partenariat avec Lloyd et son équipe pour apporter les moyens suffisants au projet pour qu’il perdure et s’inscrive dans la durée, la clef de toute initiative conservatoire.

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