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Le Nicaragua sauvage : tome II

Par : Julien Chapuis, le 01 Septembre 2013 à 22:18

Bien entamée dans le tome I du Nicaragua sauvage, notre descente vers le sud se précise encore d’avantage dans ce nouvel épisode. Nous laissons l’île d’Ometepe derrière nous pour partir au fil du rio San Juan et plonger au cœur d’une nature totale dans l’une des régions les mieux préservées d’Amérique Centrale.

Rio Papaturro et Los Guatuzos : paradis pour la biodiversité

Session transport n°4 : derniers préparatifs et dernière ligne droite avant la nature totale

Là, aux confins du Nicaragua, blotti entre le lac Cocibolca à l’ouest, le rio San Juan à l’est et le Costa Rica au sud, San Carlos se dresse, dernier bastion de civilisation avant le monde sauvage. Il est 6h du matin, notre ferry amarre au port, nous posons pied à terre après un voyage de 11h15 sur le lac Nicaragua. Deux options s’offrent alors à nous, monter à bord d’une lancha en direction de la réserve de vie sauvage Los Guatuzos, départ prévu à 9h, ou prendre la journée pour nous reposer et partir le lendemain. L’option n°1 l’emporte rapidement, à l’unanimité de nos deux voix. Café et petit déjeuner typique (le fameux gallo pinto (= riz et haricots rouges) avec œuf et fromage, un vrai délice …), voilà l’unique combinaison mise à notre disposition pour lutter contre la fatigue et la faim. Variété alimentaire et Amérique centrale ne font décidemment pas bon cheap replica watches ménage.

Fin de la parenthèse culinaire, place désormais à la logistique. Le rio San Juan n’est vraiment pas un territoire comme les autres, y organiser un périple prend rapidement des allures de casse-tête.

Topographie  Forêts tropicales primaires et secondaires, humedales (zones humides) et fincas (exploitations agricoles) s’étendent sur les rives du fleuve, seuls quelques villages de pêcheurs et d’agriculteurs, 7 au total, s’égrènent le long de ses 200 kms de rives entrecoupées de multiples affluents.

Inaccessibilité Très peu de transports terrestres existent dans la région et la plupart des trajets se font en bateau. Ce n’est pas un problème en soi sauf que les courses reliant les différents villages entre eux sont peu fréquentes et extrêmement lentes. Notre planning est donc serré et calculé au jour et à l’heure près, sous peine de se retrouver coincés au milieu de nulle part pendant plusieurs jours.

8h45, notre lancha pour le rio Papaturro arrive à l’embarcadère. Le bateau se remplit petit à petit, nous prenons place au milieu des locaux, de quelques baroudeurs en quête d’aventure et de marchandises en tout genre, poulets vivants, bananes plantain, sacs de riz ...

La lancha est le seul et unique transport pour accéder à Los Guatuzos, par conséquent elle est souvent bondée.

Quelques détails sur notre moyen de locomotion s’imposent. Notre lancha, un imposant bateau d’une quinzaine de mètres de long entièrement en bois, est propulsée par un moteur de 25 chevaux. Habituellement utilisé sur des zodiacs ou d’autres petites embarcations, ce moteur déplace ici les plusieurs tonnes de la lancha. Vitesse de pointe, 2 km/h, un rythme de croisière qui nous laisse tout le loisir de profiter du paysage : l’archipel en partie inhabité de Solentiname et les rives sauvages du lac Nicaragua. La civilisation semble s’effacer au fil de l’eau pour laisser place à une nature préservée, intacte, totale. Il est 13h, nous apercevons enfin l’embouchure de la rivière. Le rio Papaturro s’apparente à un couloir d’eau étroit dont les rives végétalisées viennent accompagner la course de la lancha. Nous sommes bien loin du rio San Juan, si large que l’on a parfois du swiss cheap replica watches mal à en discerner les berges.

La verdoyance du rio Papaturro et son exceptionnelle biodiversité.

L’exploration du rio Papaturro et du refuge de vie sauvage Los Guatuzos débute ici.

Quatre manières de découvrir la biodiversité selon Conserv-Action

Los Guatuzos est un territoire d’une superficie de 430 km² coincé entre le lac Nicaragua et le Costa Rica voisin. Plus d’une douzaine de rivières sillonnent la réserve à l’origine de multiples écosystèmes (lagunes, humedales, forêt tropicale sèche et humide) et d’une biodiversité à couper le souffle. A titre d’exemple, on y a recensé presque autant d’espèces d’oiseaux que sur l’ensemble de l’Europe (≈ 370), soit l’une des plus grandes concentrations en Amérique centrale. Voilà qui semble prometteur.

De haut en bas, le mâle et la femelle Chloroceryle americana, le martin-pêcheur vert, un exemple de la diversité de l’avifaune occupant Los Guatuzos.

Le compte à rebours commence, nous sommes le mardi 13 août et la prochaine lancha pour San Carlos part le jeudi 15 août à 8h du matin. Il y a seulement deux lanchas hebdomadaires à Los Guatuzos. Impossible de rater celle du jeudi sous peine de devoir rester sur zone jusqu’au dimanche. Deux jours pour découvrir la richesse faunistique de cette réserve, c’est le défi qui se présente donc à nous. Pour le réussir, il nous faudra explorer différents types d’habitats que ce soit sur l’eau, sur terre ou encore, plus étonnant, dans les airs. Retour sur ce marathon de la biodiversité.

Lancha Sachant pertinemment que nous courrons après le temps, chaque fenêtre d’observation de la diversité faunistique de Los Guatuzos doit être saisie, la lancha en est le parfait exemple. Les limites de la réserve à peine franchies, nous nous précipitons sur le toit du bateau, parfait belvédère pour repérer les animaux dissimulés dans l’épaisse végétation des rives du rio Papaturro. Les sens en éveil, l’appareil photo et la micro-caméra prêts à être déclenchés, nous scrutons les environs avec la plus grande attention.

Le toit de la lancha est un mirador de choix pour observer et photographier la faune qui habite les rives du rio Papaturro.

Au-delà de sa diversité, c’est l’abondance de la faune qui peuple les lieux qui saute aux yeux. Les iguanes verts et les basilics plongent en nuée au passage du bateau, les grondements des singes hurleurs nous parviennent de toute part, les singes araignées et les capucins à face blanche, brachiation après brachiation, accompagnent la course de notre embarcation comme pour nous souhaiter la bienvenue. Les oiseaux ne sont évidemment pas en reste, les aigrettes blanches, les cormorans et les martins pêcheurs balisent les berges du rio à la recherche de poissons, les amazones à front rouge voltigent dans les airs dans un vacarme tonitruant, les râles, les talèves violacées (Porphyrio martinica) traversent la végétation flottante avec une aisance insolente.

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Deux amazones à front rouge (autumnalis salvini) nichant derrière une palme.

Bouche bée, les yeux grands ouverts, nous assistons à ce spectacle naturel qui n’appelle qu’à la contemplation. Chaque mètre parcouru, chaque regard lancé s’accompagne d’une nouvelle observation, le ballet faunistique qui se joue ici est incessant, saisissant. Hypnotisés, nous n’apercevons qu’au dernier moment l’embarcadère du centre écologique Los Guatuzos, retour à la réalité, il nous faut débarquer à terre.

Randonnée    Après la voie navigable place à la voie terrestre. Trail dans la forêt tropicale de jour comme de nuit, randonnée dans la zone agro-forestière et ses plantations de cacao, nous abordons la découverte de Los Guatuzos sous un nouvel angle.

De gauche à droite, la fleur et la cabosse (= fruit) du cacaotier (Theobroma cacao)

Nos backpacks fraîchement déposés dans nos quartiers de la station, nous partons explorer l’un des sentiers environnants. Déjà au cœur de la jungle, il nous suffit de quelques minutes pour discerner dans les ultimes strates de la végétation un groupe de singes hurleurs se préparant à passer la nuit. Chemin faisant, une étrange silhouette dissimulée dans la frondaison d’un arbre trompette (Cecropia obtusifolia) vient éveiller notre curiosité. Là, suspendu par les pattes arrières, la tête dans le vide, un paresseux tridactyle (Bradypus tridactylus) se nourrit nonchalamment des fruits se trouvant à sa portée.

Un paresseux tridactyle (Bradypus tridactylus) tente de se nourrir des feuilles de ce trumpet tree, un véritable exercice d’équilibrisme.

La nuit approche, nous laissons le paresseux à ses occupations pour retourner au camp. Notre marche se conclut par la rencontre d’un dendrocygne à ventre noir (Dendrocygna autumnalis) profitant des derniers rayons du soleil pour sécher son plumage.

Un dendrocygne à ventre noir (Dendrocygna autumnalis) dont la particularité est de se nourrir et de migrer en phase nocturne.

L’obscurité est maintenant totale, les chants des amphibiens s’amplifient pour ne plus former qu’une tonalité continue et uniforme, une sortie nocturne s’impose. Lampes frontales sur la tête, nous partons faire le tour de la station avec un objectif bien précis, trouver des dendrobates, ces minuscules grenouilles toxiques aux couleurs aposomatiques et dont l’une des espèces n’est autre que le logo de Conserv-Action. Pour la première fois depuis le début de l’Expédition Biodiversité 2013 nous pénétrons l’aire de répartition de ces amphibiens aussi fascinants que menacés. Grands espoirs riment parfois avec déception dans le monde du naturalisme, nous ne parviendrons pas à mettre la main sur le fameux dendrobate, à charge de revanche … (voir ‟ Indio Maiz, un joyau de biodiversité à conserver ”)

Kayak  Appréhender la nature le plus silencieusement possible, approcher les espèces aquatiques et semi-aquatiques au plus près, explorer des zones inaccessibles par la voie terrestre, le kayak offre des possibilités immenses en terme de naturalisme. Il se pose comme le moyen de locomotion idéal pour explorer la réserve de Los Guatuzos et les multiples cours d’eau la sillonnant.

Mercredi 14 août, le marathon de la biodiversité continue. A bord de nos 2 embarcations, nous descendons le rio Papaturro en quête d’animaux à photographier et à filmer. Barbara est en charge des vidéos GoPro et des photographies Instagram tandis que je m’occupe de la partie photo-vidéo du Nikon D7000.

Observations et prises de vue de Barbara sur le rio Papaturro.

Quel est donc le mode d’emploi de la photographie et de la vidéo nature à bord d’un kayak ? En effet, l’équation de base n’est pas vraiment favorable, appareil photo + rivière + transport à l’équilibre précaire ≈ désastre. Il a donc fallu y ajouter certaines composantes, la première, un trépied, la deuxième, un brin d’ingéniosité, la troisième, de l’habilité. Positionné sur le trépied réglé au plus bas, l’appareil photo prend place à l’avant de mon kayak, l’équilibre est bon, il ne reste plus qu’à manœuvrer.

De gauche à droite, la méthode de photographie imaginée par Julien et le résultat de cette tehnique.

Malgré quelques dérives dans le courant et plusieurs échouages dans la végétation flottante, la session photo-vidéo s’est déroulée sans embuches, avec à la clef des images de capucins à face blanche (Cebus capucinus) d’une grande qualité.

 Un capucin à fqce blanche ou capucin moine ( Cebus capucinus) en déplacement à travers la canopée.

Canopy tour  Après s’être intéressés aux voies terrestres et aquatiques, nous abordons la biodiversité de Los Guatuzos sous un dernier angle, celui de la canopée. Jeudi 15 août, 6h du matin, notre lancha part à 8h, il nous reste suffisamment de temps pour effectuer le canopy tour proposé par le centre écologique. Le moment est idéal, le soleil vient de se lever et la forêt sort tout juste de sa torpeur, l’emplacement l’est autant, à plus de 15m au-dessus du sol, tout semble réuni pour observer l’avifaune à son pic d’activité. Trogons, pics, motmots, perroquets, nous les avons attendus, jamais ils ne se sont montrés. A la place, nous avons subi les assauts répétés d’escadrons de moustiques à la férocité et la pugnacité sans pareil.

Canopy tour au lever du soleil, ce ne fut pas un franc succès.

7h15, l’heure est venue, nous repassons par le camp, chargeons nos sacs et partons pour l’embarcadère. Installés sur le toit de la lancha, nous profitons une dernière fois du rio Papaturro, dans quelques heures nous voguerons sur un autre rio, le rio San Juan.

Le rio San Juan et ses mystères

Fleuve majestueux, tantôt paisible, tantôt tumultueux, le rio San Juan s’étend depuis le lac Nicaragua jusqu’à la côte caraïbe sur près de 200 km et fait office de frontière naturelle avec le Costa Rica.

Session transport n°5 : bienvenue au cœur du Nicaragua rural

Jeudi 15 août, à peine remis de notre excursion à Los Guatuzos, nous débarquons à San Carlos avec un objectif double, un, faire des provisions pour les prochains jours, deux, trouver une lancha qui nous déposera à notre prochaine étape, la finca Grand River. Là-bas, nous espérons pouvoir découvrir des marécages et une forêt primaire d’un grand intérêt. Nos sacs chargés de nourriture, nos billets en poche, nous partons donc au fil du rio San Juan.

1h30 de trajet où nous constatons les dégâts causés par la déforestation de part et d’autre du fleuve. En de multiples endroits, la forêt primaire a laissé place à des cultures, des élevages ou des constructions de routes et de ponts.

De gauche à droite, une exploitation agricole et la construction d’un pont impactant violemment la forêt primaire du rio San Juan.

D’un signe de la main le conducteur nous invite à endosser nos sacs et à nous avancer. L’approche est trop rapide, l’avant de la lancha vient percuter la berge, déstabilisés par la secousse nous parvenons à sauter et à rejoindre la terre ferme. Ferme, pas vraiment, meuble serait plus juste car nous voilà embourbés dans un marais dont nous n’aurions pu nous extirper sans la présence providentielle d’un ponton. Et quel ponton, perché sur une rangée sans fin de pilotis, il traverse l’ensemble de la zone humide qui s’étend désormais sous nos pieds.

Un ponton et des zones humides à perte de vue.

Les planches se mettent à trembler. En un instant, un vacarme tonitruant déferle sur la plaine. Poussées par les braillements d’un campecino (= agriculteur), des vaches entament une course folle à travers le marécage en direction de leurs pâturages. Juste à côté de nous les bovins s’empêtrent un par un dans la tourbe, dans une cavalcade anarchique. Le ponton s’achève enfin, nous ne sommes plus très loin, un dernier sentier et nous atteignons la colline et ses habitations aux toits de palme. Bienvenue au cœur du Nicaragua rural.

Rattrapés par une dure réalité …

Une famille de campecinos vient nous accueillir et nous présenter la finca. Sol en terre battue, habitations faites de bois et de palmes, bétail, volailles, chiens et chevaux se partageant les lieux, l’ensemble est des plus rustiques.

Séjour rustique à la finca Grand River, jugez plutôt.

Alors que nous installons la tente, des gémissements aux accents singulièrement sauvages viennent nous interpeller. Un perroquet ? Cela ne nous étonnerait pas tellement les occasions de les voir en captivité ont été nombreuses au cours de l’expédition. Nous approchons de la source d’émission, ce ne peut être un oiseau. L’impensable commence alors à nous effleurer l’esprit, s’agirait-il d’un singe ? Là, recroquevillé au sol, seul, un singe araignée (Ateles g. geoffroyi) de quelques semaines appelle une mère qui n’est pas là. Face à sa détresse, impossible de rester couac, impossible de ne pas agir. Barbara saisit le petit et le place contre elle. Immédiatement, il s’apaise, ses gémissements cessent, son rythme cardiaque ralentit.

Le jeune atèle (Ateles g. geoffroyi) trouve en la personne de Barbara un véritable substitut maternel.

L’atèle placé entre de bonnes mains, des explications s’imposent. Le chef de famille nous présente les faits ‟ Pour passer d’une zone de forêt à une autre, une femelle atèle traversa un champ et se retrouva donc au sol, où elle est la plus vulnérable. Le chien de la propriété passant par-là, la débusqua et l’attaqua. Alerté par les cris, un agriculteur retrouva le corps inerte de la femelle et, accroché à son pelage, un bébé. Ne sachant quoi faire, il me l’apporta pour que je m’en occupe. ” Un dommage collatéral de la déforestation, voici la version qui nous a été présentée, quand est-il de la réalité ? Nous ne le saurons jamais.

La situation connue, nous devons désormais réfléchir à un moyen de venir en aide à cet atèle. Le prendre en charge nous étant impossible, nous n’avons que deux solutions. La première est de fournir à la famille des connaissances de base sur les soins à apporter à un jeune singe. La deuxième est d’alerter au plus vite des structures capables de s’en occuper et, dans le futur, de le réintroduire dans le milieu sauvage.

La tâche est rude tellement les idées de la famille concernant son ‟ éducation ” sont arrêtées et le temps qui nous est imparti court. Notre explication débute par l’importance de fournir un substitut maternel à l’atèle. A cet âge, la mère représente l’élément de base au bon développement physique, physiologique et comportemental de sa progéniture. Cela signifie une attention constante, 24h/24, 7jours/7. Barbara tente de montrer à la famille les bonnes attitudes à adopter pour occuper ce rôle. Maintenir un contact physique permanent, interagir et répondre aux sollicitations émises par le jeune, lui accorder des plages de repos, lui fournir un modèle d’apprentissage, ce sont les caractéristiques élémentaires que doit remplir une mère de substitution. L’espace de quelques heures, Barbara en est le parfait exemple.

Affection, attention, repos, sécurité, critères élémentaires que doit apporter une mère de substitution, ici illustrés en photo.

Changement radical pour la famille qui considérait jusqu’alors que le salut du singe araignée passait par l’autonomie. ‟ Il doit apprendre à grimper, à rester seul comme ça il pourra se débrouiller dans la forêt. ” nous explique la mère de famille en plaçant le primate dans un arbuste pour son exercice journalier d’escalade … Elle oublie qu’un atèle de 4 semaines est constamment au contact ou aux alentours de sa mère et qu’il apprend à grimper sur son pelage ou sous ses yeux.

Vendredi 13 août, nous nous occupons une dernière fois du petit, adressons nos derniers conseils et partons le cœur serré, l’esprit troublé. Que va devenir ce singe ? La famille va-t-elle suivre nos instructions ? Sera-t-il un jour pris en charge par une structure compétente ? Trop de questions qui demeurent sans réponses.

NB. Quelques jours après notre passage au Grand River, nous avons alerté la Fundación del rio sur la situation de ce jeune singe. Son président, Alfredo Figueroa, est désormais en mesure d’agir et d’alerter le ministère de l’environnement du Nicaragua. Nous sommes en attente d’une réponse de sa part. Actuellement en visite à la station biologique Cerro Dantas, Costa Rica, nous explorons une autre piste. Warren Calvo, directeur de la station, nous a transmis le contact d’un centre de réhabilitation de la faune sauvage ici au Costa Rica, nous joindrons ses responsables dès que possible.

Excursion en forêt primaire

Notre mésaventure avec l’atèle nous ferait presque oublier la raison de notre venue à la finca Grand River, explorer la parcelle de forêt primaire maintenue au milieu de l’exploitation à des fins conservatoires.

Lionel, l’un des ouvriers de la finca, propose de nous accompagner. Fier de connaissances solides en agroforesterie, il guidera dans peu de temps des touristes au cœur de la forêt, nous lui servons donc de galop d’essai. Sous ses conseils, nous troquons exceptionnellement nos chaussures montantes contre des bottes. Bien nous en a pris car nous pataugeons désormais à mi-mollet dans l’épaisse tourbe des champs et des plaines humides qui nous séparent du bosquet. Soudainement, l’humidité monte en flèche, la luminosité et la température chutent à pic, nous entrons dans la forêt primaire, nous pénétrons un monde de géants. Les arbres séculaires déploient leur frondaison 30m au-dessus de nos têtes. Leurs troncs massifs, colonnes d’écorce, s’élancent en direction du ciel dans un alignement proche de la perfection. Le feuillage, dense et opaque, ne laisse filtrer que de frêles rayons lumineux dont les plantes en contrebas doivent se suffire. Nous sommes là, minuscules, au milieu de cet édifice monumental, au centre de cette cathédrale végétale.

Le cèdre rouge (Swietenia macrophylla) est l’arbre le plus imposant de la forêt primaire nicaraguayenne. Cette essence très prisée, notamment dans la construction, est en grand danger de disparition.

Evoluer au cœur de la forêt primaire est un privilège rare, unique que nous goûtons à chaque instant. Le temps semble s’y être arrêté plusieurs siècles en arrière, sans emprise, comme pétrifié. Pourtant ce monde ancestral est grignoté par le monde moderne, chaque soubresaut de l’humanité effrite un peu plus ces vestiges d’un passé lointain.

Nous contemplons une dernière fois l’immensité des lieux. Des singes hurleurs sont postés à la lisière de la forêt tels les gardiens d’un temple sacré. Un halo de lumière nous entoure désormais, retour à la réalité, nous faisons face à des hectares de pâturages. Le contraste est violent et nous frappe de plein fouet. Nos regards se croisent, emplis de la même interrogation : ces îlots de nature résisteront-ils aux flots de la déforestation ?

Barbara patauge dans la boue à la lisière de la forêt, le changement d’environnement est radical.

El Castillo, la vie au rythme du rio

Dernier point de chute de notre découverte du Nicaragua sauvage, El Castillo est un village au charme authentique. Blotti contre sa mythique forteresse (= castillo) du 17ème siècle, héritage du passé colonial espagnol, le village surplombe le rio et ses dangereux rapides (= raudal).

Le célèbre fort del Castillo construit au 17ème siècle pour protéger Granada des pirates anglais et français.

Ici, aucun transport terrestre n’existe, pour se déplacer il faut marcher ou prendre un bateau. Les journées s’écoulent au rythme du rio, ponctuées par les allers et venues des lanchas qui parcourent le fleuve d’ouest en est, d’est en ouest, chargées de provisions et de passagers. Quelques jours nous suffisent pour prendre le pouls de la vie locale et nous y acclimater. C’est l’occasion rêvée de rédiger quelques articles, de préparer la fin de l’expédition et surtout de nous ressourcer avant les 2 mois éprouvants qui nous attendent.

La vie au rythme du rio San Juan, lancha (à gauche) et rocking chair (à droite).

Le Costa Rica nous tend plus que jamais les bras, sa frontière nous fait face à quelques mètres de là mais le Nicaragua sauvage nous retient irrémédiablement. En collaboration avec la Fundación del rio, nous partirons du 21 au 22 août explorer la réserve de l’Indio Maiz, joyau de biodiversité de l’Amérique Centrale.

Pour en savoir plus, il vous suffit de cliquer sur le lien suivant : Indio Maiz, un joyau de biodiversité à conserver

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