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Indio Maiz, un joyau de biodiversité à conserver

Par : Julien Chapuis, le 09 Septembre 2013 à 05:44

Dernière étape de notre périple au cœur du Nicaragua sauvage (voir tome I et tome II), l’Indio Maiz est considéré par certains comme le joyau de biodiversité de l’Amérique centrale, un trésor entouré de mystères que nous allons tenter de découvrir.

Majestueux, intact, impénétrable, les adjectifs ne manquent pas quand il s’agit de décrire l’Indio Maiz, mais qu’en est-il vraiment ? Quels secrets cachent cette région méconnue du río San Juan ? Après 4 mois d’expédition, nous nous heurtons à un nouveau défi.

L’Indio Maiz en 3 idées clefs

Los Petenes, Laguna del Tigre, El Imposible, Los Guatuzos et maintenant Indio Maiz, après 129 jours d’expédition nous voilà devenus spécialistes dans l'étude des territoires inexplorés d’Amérique centrale. Là où réalité et légende se confondent, là où les contes prennent le pas sur les vérités scientifiques, la vigilance est de mise. Partir à l’aventure, oui, se lancer dans l’inconnu, non, telle pourrait être notre devise à l’approche de ces zones. L’Indio Maiz ne déroge pas à la règle, nous prenons plusieurs jours pour démêler le vrai du faux et réunir une poignée d’informations robustes dont nous vous proposons l’analyse.

Un rôle écologique majeur à l’échelle de l’Amérique centrale

Deux cents soixante mille hectares de réserve biologique, plus grande forêt primaire du Nicaragua, l’Indio Maiz est un géant à l’échelle de l’Amérique centrale. Elle s’étend du sud de la Costa de Mosquitos jusqu’au bord du río San Juan, à quelques encavelures du Costa Rica.

Visonner le lien suivant : cartographie de l'Expédition Biodiversité 2013

Cette position, à mi-chemin entre la Moskitia, l'espace naturel centre américain le plus étendu, et le parc national de Tortuguero au nord-est du Costa Rica, fait de l’Indio Maiz un territoire unique et indispensable. Par son état de préservation, il assure le flux d’espèces et de gènes entre le nord et le sud du continent et fait partie intégrante du corridor biologique centre américain. Son altération viendrait perturber de manière dramatique la biodiversité animale et végétale et la survie à long terme de la plupart des espèces peuplant l’Amérique centrale.

Pour en savoir plus sur l’Amérique Centrale point chaud de biodiversité et corridor biologique, il vous suffit de consulter le lien suivant : Où ?

Un patrimoine naturel immense …

Il ne s’agit pour l’instant que d’une hypothèse mais certains scientifiques présentent l’Indio Maiz comme la région la plus riche faunistiquement et floristiquement d’Amérique centrale. L’idée est loin d’être absurde. Il suffit de considérer le rôle joué par cette réserve biologique dans l’accueil et le transit d’espèces ou de s’intéresser à de récents suivis de la faune effectués sur place. Ara macao, ara de Buffon, singe araignée, singe hurleur, capucin à face blanche, tapir, félins (les 5 espèces centre américaines y sont représentées), dendrobates et bien d’autres exemples viennent appuyer ces spéculations qui gagnent peu à peu en véracité.

Le ara de Buffon (Ara ambiguus), nommé lapa verde au Nicaragua, est une des espèces emblématiques de l’Indio Maiz et de l’Amérique centrale et est également en danger d’extinction selon la liste rouge de l'IUCN.

… au potentiel de découverte colossal

Depuis quelques années une poignée de chercheurs se frotte à l’exploration de l’Indio Maiz dans le but notamment d’identifier de nouvelles espèces. A peine les premiers résultats filtrent-ils que le monde scientifique est déjà en émoi. Le potentiel de découverte de ce territoire apparaît comme colossal. L’étude de parties infimes de sa forêt primaire a déjà conduit à l’identification de plusieurs nouvelles espèces d’insectes, d’une nouvelle espèce d’amphibien et de l’ensemble des mammifères terrestres présents au Nicaragua.

La situation actuelle de l’Indio Maiz n’est pas s’en rappeler les débuts du proche voisin, le Costa Rica. En s’ouvrant à l’investigation scientifique dans les années 80 le pays est devenu l’un des premiers pourvoyeurs en nouvelles espèces au monde. Difficile de dire si l'Indio Maiz suivra une trajectoire similaire, ce qui est certain c’est que tout y reste à faire et à découvrir. Le défi s’annonce passionnant pour tout scientifique prêt à se confronter à des conditions extrêmes et désireux de percer les mystères de cette région reculée.

Conserv-Action va tenter d’y répondre !

La forêt séculaire de l’Indio Maiz, intacte et remplie de mystères. Conserv-Action se lance à sa découverte !

Un secret bien gardé

Impossible d’en apprendre plus sur l’Indio Maiz sans se rendre sur place, ça, nous l’avions prévu de longue date. Désormais, c’est la réalité du terrain qui nous rattrape et vient nous surprendre, personne n’est autorisée à pénétrer la zone sans un passe-droit du ministère de l’environnement (MARENA) ou sans graisser la patte des militaires. 

Trop bien gardé …

Quand on nous présente l’Indio Maiz, on nous parle toujours de l’espace le mieux préservé et le plus sauvage d’Amérique Centrale. Est-ce réellement le cas ? Difficile d’en juger tant la région est mise sous cloche par le MARENA et placée sous le contrôle permanent de l’armée, qui quadrille sans relâche les rives du río San Juan, zone frontalière avec le Costa Rica.

De prime abord, cette gestion autoritaire peut être considérée comme salutaire et nécessaire pour la préservation de laréserve biologique. Mais si l’on creuse un peu, certains détails laissent perplexe. Seuls quelques scientifiques triés sur le volet sont habilités à étudier la zone, beaucoup d’autres voyant leurs demandes d’investigation rejetées. Sur quelle base ? Selon quels critères ? Les chercheurs accédant à l'Indio Maiz sont ensuite soumis à une batterie de contrôles : passage systématique au poste militaire, vérification des passeports, escorte de l’armée, pot-de-vin de vigueur. Dans ce contexte il n’est pas insensé d’imaginer que les études réalisées sur place soient soumises à des restrictions ou à une sorte de censure.

Interrogations et suspections

Difficile donc de savoir ce qui se passe réellement sur ce territoire, en bien comme en mal. La curiosité se mue alors rapidement en soupçons. Sans tomber dans la théorie du complot, il est intéressant de noter que les gigantesques exploitations agricoles qui grignotent peu à peu la forêt entourant l’Indio Maiz appartiennent à certaines des fortunes nicaraguayennes ayant financé la campagne du gouvernement actuel. A méditer.

Conserver l’Indio Maiz et sa biodiversité

Un espace préservé mais jusqu’à quand ?

Comme partout dans le monde, où des îlots de nature vierge persistent, l’Indio Maiz est soumis à de multiples menaces. L’agriculture, l’industrie et les constructions humaines se rapprochent inexorablement de ses limites entraînant dans leur sillage déforestation, pollution et maladies.

Les ravages de la déforestation sont désormais aux portes de l’Indio Maiz.

Les ravages sur la biodiversité de cette forêt seraient terribles : perturbation du flux d’espèces, d’individus et de gènes, altération des ressources alimentaires et territoriales, réduction des populations animales et végétales. La conséquence ultime serait une disparition massive d’espèces et de la diversité du vivant à l’échelle territoriale et continentale.

Pourquoi protéger l’Indio Maiz et la biodiversité en général ?

Retour sur les raisons qui marquent l’engagement de Conserv-Action en faveur de la biodiversité et des espaces naturels tels que l’Indio Maiz.

Parce que la biodiversité est indispensable à l’homme La valeur de la biodiversité ne se mesure pas uniquement à sa capacité à pourvoir aux besoins vitaux de l’homme (manger, boire, respirer) mais à l’ensemble des services écosystémiques qu’elle lui fournit.

Parce que l’homme fait partie intégrante de son écosystème    L’homme est étroitement lié aux espèces qui l’entourent, elles lui apportent des biens et des services qu’il utilise d’un côté et détruit de l’autre. En imposant sa domination sur les écosystèmes, l’homme est donc la seule espèce mettant sciemment en péril sa propre survie.

Parce que la nature est loin de nous avoir délivré tous ses secrets       A l’heure actuelle, nous connaissons un peu plus d’1,2 millions des espèces qui peuplent notre planète alors que l’on estime leur nombre total à 8,7 millions. C’est donc près de 90 % du vivant qu’il nous reste à découvrir.

Parce que la biodiversité amorce un déclin sans précédent       De récentes études démontrent 15 à 37 % des espèces viendraient à disparaître d’ici à 2050. L’homme est  responsable de cette crise sans précédent et lui seul peut tenter d’y remédier.

Pour en savoir plus sur les raisons de l’implication de Conserv-Action, il vous suffit de consulter le lien suivant : Pourquoi ?

Fundación del río, un allié bienvenu

Avant de penser à apporter notre soutien à la conservation de l’Indio Maiz, faudrait-il déjà pouvoir y accéder … En l’absence de permis ministériel et farouchement opposés à participer à la corruption sévissant dans les rangs de l’armée, nous cherchons une structure capable de nous assister.

Le bouche à oreille nous pousse à frapper à la porte de la Fundación del río qui travaille depuis 23 ans à la conservation de la nature du río San Juan et notamment, de l’Indio Maiz. Après quelques jours, nous obtenons un rendez-vous avec son président, Alberto Figueroa. Mis au courant de notre situation, il nous invite rapidement à découvrir l’Indio Maiz en sa compagnie et en collaboration avec la fondation. L’opportunité est belle, découvrir, l’espace de deux jours la biodiversité de ce territoire et en apprendre d’avantage sur le travail de conservation de la Fundación del río. Seule ombre au tableau, nous ne pourrons atteindre le cœur de la réserve, seulement sa périphérie, en explorant les zones d’Aguas frescas, de Bartola et de La Perilla.

Conserv-Action se lance à la découverte l’Indio Maiz 

Mercredi 21 août, El Castillo, nous embarquons à bord de la lancha (au nom bien choisi de lapa verde) de la Fundación del río en compagnie d’Alfredo Figueroa, notre guide pour l’occasion. Le ciel est menaçant, la pluie ne tarde pas à s’abattre sur le río San Juan. Dans ces conditions, il est impossible de sortir les appareils photos, nous nous contentons d’observer les rives. Un drapeau costaricain apparaît sur notre droite, à partir de ce point le fleuve fait office de frontière naturelle avec le Costa Rica. Première surprise et elle est de taille, la déforestation est beaucoup plus marquée du côté costaricain que du côté nicaraguayen, un démenti singulier de la politique de conservation du paisible voisin.

A bord de la lapa verde, le ciel est menaçant, les protections de pluie sont de rigueur.

Aguas frescas 

Le poste militaire, étape obligatoire avant tout périple dans l’Indio Maiz, Barbara descend à quai, passeports en poche, tandis que je reste à bord pour surveiller le matériel. Quelques minutes passent, Barbara se précipite en direction du bateau, sourire aux lèvres, que d’engouement déployé pour un contrôle d’identité ! ‟ Devine sur quoi je viens de tomber en  lisière de forêt ? Trois dendrobates, coup sur coup ! Deux dendrobates dorés et un dendrobate fraise. Je marchais et je les ai vus sauter, là, juste devant mes pieds. Je n’en reviens pas, je viens d’observer le logo de Conserv-Action en chair et en os ! ” Je dois l’avouer, à ce moment précis, la frustration me gagne quelque peu.

Trente minutes de lancha et plusieurs rapides plus tard, nous débarquons à Aguas frescas (‟ eaux fraîches ” en espagnol). Les premiers pas en forêt suffisent à comprendre l’origine de ce nom. Un sol détrempé, une boue épaisse, une humidité étouffante, des ruisseaux parcourant la zone de part en part, l’eau est omniprésente et  notre matériel en fait les frais.

Nos chaussures Lowa GTX mises à l'épreuve d'Aguas frescas.

Le décor est prodigieux, solennel, seuls les cris de singes hurleurs retentissant au loin viennent percer le silence. La vie luxuriante de la forêt primaire semble se dérober à nos yeux et à nos oreilles. Pourtant, les sens en éveil, nous sommes à l’affût du moindre mouvement, du moindre bruit.

Barbara prospecte la litière et les premières strates de végétation pendant que je scrute la canopée.

Nous scrutons la canopée à la recherche d’oiseaux et de singes, nous prospectons la litière dans l’espoir d’apercevoir amphibiens, reptiles, insectes et autres arthropodes. Rien. Puis un tintement, un simple ‟ pit ”, pas de doute possible, un dendrobate se trouve là, à quelques mètres de nous. Encore faut-il le débusquer car l’animal est minuscule, n’atteignant pas plus de 3-4 cm à l’âge adulte. Barbara fouille la litière, j’inspecte les souches et les troncs morts dans le périmètre. Une autre vocalisation retentit, l’étau se resserre. ‟ Je l’ai ”, Barbara a localisé la grenouille qui se déplace par saltation sur la litière. Elle s’en saisit avec la plus extrême précaution, la place sur un tronc couvert de mousses pour immortaliser ce moment, un temps fort de l’Expédition Biodiversité 2013. Voici le dendrobate fraise (Dendrobates pumilio), logo de Conserv-Action en action !

L'objectif macro est de rigueur quand il s'agit de photographier le dendrobate fraise.

Et voici le résultat, bienvenue dans le microcosme du dendrobate fraise.

Pour en savoir plus sur les raisons qui ont poussé Conserv-Action à choisir cet animal comme emblème, il vous suffit de consulter le lien suivant : Nom et logo

 Il est temps de repartir, Alfredo mène la marche, impose un rythme rapide. Il tient à nous présenter le travail d’investigation réalisé par la fondation sur la zone et le matériel qu’ils utilisent : des pièges caméra. En voilà un, à 30 centimètres du sol, accroché à un arbre, il fait face à un passage dessiné par les allers et venues d’animaux dont des empreintes trahissent une activité récente.

A gauche : un piège photographique utilisé pour le suivi des mammifères terrestres, à droite : une empreinte de tapir décelée à proximité du piège.

‟ Voilà l’un des pièges photograhiques mis en place par la fondation pour suivre et répertorier les mammifères terrestres occupant la zone. Grâce à cette méthode nous pouvons affirmer que l’ensemble des mammifères terrestres du Nicaragua sont représentés à Aguas frescas et dans l’Indio Maiz : les 5 espèces de félins, le tapir, des cerfs, le pécari à collier … Nous avons également identifié quelques espèces d’oiseaux terrestres dont le grand hocco. Cette étude préliminaire a pour objectif d’ouvrir la voie à de réelles investigations scientifiques, j’espère pouvoir développer cet aspect dans le futur. ” nous confie Alfredo Figueroa.

Les résultats obtenus sont en tout cas encourageants et témoignent de la richesse faunistique de la région. A la fois refuge et couloir de migration, Aguas frescas servirait donc de zone tampon entre les espaces agro-forestiers et la forêt primaire de l’Indio Maiz. Ce rôle majeur, la Fundación del río tente aujourd’hui de le mettre en lumière.

La forêt primaire d'Aguas frescas, à la fois refuge et zone de passage pour la faune de l'Indio Maiz.

Bartola

Retour au poste militaire, le trail traversant la zone de Bartola commence ici. Forêt moins dense, canopée plus basse, le décor n’est pas aussi grandiose qu’à Aguas frescas mais la biodiversité y est tout aussi étonnante. Coincé entre zones humides et forêt primaire, Bartola est un écosystème de transition. Son important gradient de végétation offre de nombreuses niches à une faune variée. Refuge ou zone de passage, Bartola joue donc un rôle écologique crucial au même titre qu’Aguas frescas.

Fruit du hasard ou non, nous observons d’avantage d’animaux ici qu’au cours de notre précédente excursion. Le motmot roux, (Baryphthengus martii) oiseau national du Nicaragua, vole de branche en branche nous faisant apprécier son plumage polychrome. Puis c’est le tour du manakin à cuisses jaunes (Dixiphia mentalis) de nous gratifier d’un privilège rare. Sous le regard attentif d’une femelle, un mâle entame sa parade nuptiale en exécutant une danse frénétique dont lui seul a le secret. Impossible de saisir l’instant en image, je vous invite donc à visionner le lien suivant, cela vaut le détour.

Un motmot roux (Baryphthengus martii) dévoile son plumage polychrome à travers la dense végétation de Bartola.

Intéressons-nous désormais au cas des dendrobates. 1h30 de prospection, 7 individus observés, 2 espèces identifiées, le dendrobate fraise (Dendrobates pumilio) et le dendrobate doré (Dendrobates auratus). Ces relevés, sur un intervalle de 90 min, sont aussi impressionnants qu’instructifs.

Le dendrobate fraise, logo de de Conserv-Action, observé à 4 reprises à Bartola.

Les couleurs aposématiques du dendrobate doré envoient un signal clair : " attention, je suis toxique ! "

En effet, les dendrobates vivent sur des territoires réduits, bien spécifiques et sont donc extrêmement sensibles aux changements environnementaux engendrés par l’homme. Depuis plusieurs années, leurs effectifs sont dévastés par la synergie entre réchauffement climatique et chytride (Batrachochytrium dendrobatidis). Ce champignon microscopique obstrue les pores de la peau des amphibiens, leur principal organe respiratoire (avec plus 70% des échanges gazeux y étant réalisés), les conduisant à l’asphyxie.

L'installation du champignon produit une hyperkératose, un épaississement qui mène à un dysfonctionnement majeur des fonctions cutanées dont l'échange de gaz. Cette maladie infectieuse, identifiée depuis les années 80, se nomme Chytridiomycose.

De plus, les dendrobates (ou plutôt la famille des dendrobatidae) contribuent à l’équilibre des écosystèmes dont ils font partie, constituant d’excellents bio-indicateurs. Leur présence à Bartola représente donc un signe tangible du bon état de préservation de cette zone tropicale.

La finca La Perilla

Notre exploration de la région de l’Indio Maiz n’aurait été complète sans la visite d’une des exploitations agricoles soutenues par la Fundación del río. ‟ Chaque année, nous octroyons une dotation de 100 $ aux fincas s’orientant vers une gestion durable et raisonnée de leurs ressources naturelles. La Perilla en est le parfait exemple c’est pourquoi je vous ai proposés de la visiter et de rencontrer les éleveurs qui l’occupent. ” nous explique Alfredo avant de repartir en direction del Castillo.

La lancha de la fondation s’éloigne peu à peu finissant par disparaître dans l’horizon du rio, nous voilà livrés à nous-même au milieu de nulle part, les pieds dans la boue, sur les berges de la finca La Perilla (littéralement ‟ la périlleuse ”). Un couple de paysans vient nous accueillir dans un espagnol des plus approximatifs. Comprendre et se faire comprendre, la tâche s’avère délicate. A force de patience et de gesticulations nous parvenons à obtenir les informations essentielles à notre séjour : où installer notre tente, où, quand et avec qui explorer la propriété.

Première étape, établir notre bivouac, le toit promis par Alfredo pour nous abriter n’existe pas. Le ciel orageux nous fait alors craindre le pire. Nous plantons finalement notre tente au sommet de la colline, au beau milieu de l’exploitation, authentique !

Notre bivouac installé entre foret primaire et exploitation agricole,contraste total.

Bivouac mode d'emploi : préparation du dîner avec réchaud et popotte MSR (à gauche), découpe d'une noix de coco avec machette (à droite).

Le contraste est saisissant, une épaisse forêt primaire peuplée d’amazones à front rouge et d’atèles nous fait face tandis que des vaches, chèvres et chevaux paissent dans les pâturages  derrière nous. C’est le parfait exemple de la situation sur les rives du río San Juan, là où agriculture et nature vierge se font face.

Les terres agricoles de la finca La Perilla font face à une épaisse forêt primaire de l'autre côté du rio San Juan.

Deuxième étape, explorer la finca. Un repas au réchaud, une nuit pluvieuse et une noix de coco plus tard, nous partons en compagnie de l’éleveur de la finca, reconverti en guide pour l’occasion. Durant toute la matinée nous parcourons plusieurs des parcelles forestières maintenues au sein de l’exploitation. Rarement nous n'avons eu l’occasion de contempler une forêt primaire aussi belle et intacte. L’initiative lancée par la Fundación del río semble porter ses fruits. Les multiples dendrobates que nous répertorions sur notre chemin en sont le symbole.

Nouvelle session photo d'un spécimen de dendrobate fraise répertorié à la finca La Perilla.

Ici dans ma main,le dendrobate est tout un symbole, pour l'Expédition Biodiversité 2013, pour Conserv-Action et pour le monde de la conservation en général.

En récompensant les bonnes pratiques agricoles, la fondation apporte une première réponse à la préservation de la forêt primaire du rio San Juan. Toutefois, sans connectivité, ces îlots de biodiversité ne pourront perdurer. Pour assurer ou rétablir le flux d’espèces dans la région, il faut donc créer des corridors verts liant zones agricoles, zones mixtes et espaces naturels. Les patches, ainsi reconnectés, formeraient les maillons d’un vaste tissu forestier facilitant le déplacement des espèces depuis et jusqu’à l’Indio Maiz.

Indio Maiz l’impénétrable

Impénétrable, voilà finalement l’adjectif qui sied le mieux à l’Indio Maiz. Restreints à explorer sa périphérie, nous sommes incapables de répondre aux interrogations et aux doutes formulés avant notre départ. Ces deux jours passés au plus près de l’Indio Maiz nous auront néanmoins offert de précieux enseignements et un aperçu spectaculaire de la biodiversité peuplant cette forêt primaire au potentiel encore inexploité. Suffisant pour que Conserv-Action s’engage pour la protection de cette zone ?

La forêt de l'Indio Maiz,impénétrable, au sens propre comme au sens figuré !

Les mystères entourant l’Indio Maiz demeurent et Conserv-Action s’apprête à entamer la troisième et dernière partie de son Expédition Biodiversité 2013 qui la conduira jusqu’au Panama. Pour l’heure, c’est le Costa Rica qui s’offre à nous. Nous venons de passer deux semaines au refuge de vie sauvage du Cerro Dantas là où des amphibiens disparus reviennent à la vie et où les tapirs abondent.

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