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La forêt pluvieuse d'altitude au quotidien

Par : Barbara Rthor, le 21 Septembre 2013 à 02:09

Passage de frontière et arrivée au Costa Rica

Jour 131 de l'expédition, nous venons de franchir la frontière costaricienne par voie fluviale, une première pour l’expédition. Une expérience plutôt agréable tant la nature est omniprésente dans la partie sud du Nicaragua, vous l'avez sans doute perçu dans nos derniers articles sur le Nicaragua (voir Nicaragua sauvage : tome I, tome II ; Indio Maiz, un trésor de biodiversité à conserver). La navigation sur le río Frio nous a une fois de plus conduit au cœur de la nature.

Sans encombre et avec pour atout, notre redoutable patience, nous voilà arrivés à 22h dans un hôtel à San José, capitale du Costa Rica, 18 heures se sont écoulées depuis notre réveil ce matin-là.
Nous avons rendez-vous le lendemain avec Warren Calvo, directeur du refuge de vie sauvage Cerro Dantas. Ce moment, nous l'attendions avec impatience, c'est une sorte de concrétisation du chemin parcouru jusqu'alors. Les pays les plus problématiques de notre plan de route sont désormais derrière nous, même si la prudence reste de mise. Le Costa Rica est beaucoup plus développé que ces pays voisins et la différence de niveau de vie est flagrante pour nous qui venons de traverser le Honduras ou encore le Nicaragua.

Au centre, Warren Calvo, directeur du refuge Cerro Dantas, que nous remercions chaleureusement pour sa grande générosité


Un chemin bien sauvegardé

L'accès au Cerro Dantas n'est pas des plus aisés et tant mieux pour nous autres qui apprécions la nature la plus intacte possible. Il n'est pas donné à tous de parvenir jusqu'au refuge. Si l’on parvient à monter dans l’un des bus qui gravit les 20 kms depuis la ville de San Rafael, il ne reste (plus que) 7 kms à parcourir à pied. On traverse d'abord une forêt de pins où se trouvent quelques grosses propriétés puis, assez vite, on pénètre une forêt plus dense, plus feuillue, la forêt pluvieuse d'altitude.

La forêt pluvieuse d'altitude et les rayons de soleil qui la pénètrent

La température chute drastiquement et l'humidité est envahissante. On continue de grimper sur un chemin des plus rustiques, les 3,5 derniers kms du sentier étant même inaccessibles aux engins motorisés. Imminent biologiste, randonneur ou fondateurs d’une association environnementale française, le tarif est le même, cheminer dans des chemins boueux, franchir des ponts, suspendus ou à moitié écroulés, et éviter les glissades dans les successions de pierres.

Différentes étapes du chemin qui mène au refuge Cerro Dantas

Le jeu en vaut la chandelle car après 45 min de marche, on se retrouve au beau milieu de la forêt tropicale pluvieuse, à 2000m d’altitude, seuls au monde et coupés de tout alors que l’on ne se trouve qu’à 1h30 de San José. C’est là tout le paradoxe du Cerro Dantas, la nature totale à quelques pas de la civilisation.

Le refuge s’étend sur 57 hectares et bénéficie d’une situation géographique privilégiée aux abords du parc national Braulio Carrillo. A notre arrivée, nous avons d'abord été frappés par la forte humidité et la sensation de froid, sensation rare au cours de l’expédition. Nous troquons rapidement shorts et T-shirts contre pantalons, leggings et doudounes.

 

Etre coupés du monde, le bon et le moins bon

Nous voilà désormais isolés l’espace de deux semaines. Dans ces moments-là, on revient rapidement à l’essentiel, manger, boire, dormir et ne pas prendre froid. La première joie a été de découvrir nos quartiers, une chambre avec couvertures et bureau. La seconde a été la mise à disposition d’une cuisine équipée, une aide cruciale dans de telles conditions. Et oui, les boissons chaudes et les plats de pâtes deviennent de vrais instants de bonheur.

Le refuge de vie sauvage Cerro Dantas, Heredia, Costa Rica

Pour le confort, on s’en tient là, il faut désormais se faire à l’idée que tout ce que l’on souhaite avoir sur le camp, il faudra le transporter nous-mêmes. L’organisation autour de l’approvisionnement doit être orchestrée minutieusement car la ville la plus proche, San Rafael, est à une trentaine de kilomètres, une journée n’est donc pas de trop. A deux reprises, nous nous rendons en ville pour faire le plein de provisions et pour passer quelques heures sur internet histoire de vous gratifier de nouveaux articles. Départ à 8h, 7 kms de marche, 30 minutes de bus, notre première sortie se déroule bien, sacs à dos chargés de provisions pour la semaine et 2 heures passées sur internet, de nouveau 30 minutes de bus et 7 kms de marche. Malheureusement, en fin de journée, la météo n’est souvent pas des plus clémentes, la pluie déferle alors et ne nous épargne pas.

Plusieurs kilomètres sous la pluie et le linge qui peine à sécher

Notre deuxième sortie avait l’allure de la première jusqu’au moment tragique, à 16h, où nous apprenons qu’il n’y aura plus de bus pour nous avancer sur notre route, aïe ! La pluie arrive et la nuit ne tardera pas, ce sont 27 kms d’un dénivelé conséquent qui se profilent devant nous. Le stop se révèle sans succès, nous sommes impressionnants avec nos carapaces de tortues et notre équipement de pluie. De nuit et sans lampe frontale (merci à la lumière du téléphone portable), nous arrivons exténués, mais soulagés au camp.

Nos deux sorties à la ville ne nous ont pas épargné le transport récurrent de matériel pour le camp. Le dos de Julien a alors été d’une aide précieuse pour le portage d’une bonbonne de gaz, d’un rotofil et d’autres items originaux.

Le chemin d’accès au Cerro Dantas n’a décidemment plus de secret pour nous. Chaque fois, la marche se révèle instructive et à l’origine de découvertes de nouvelles empreintes de mammifères terrestres, une récompense en somme.

Julien a repéré une empreinte fraîche de félin

 

Shooting photo sponsors : mode d’emploi de non-professionnels

Au Cerro Dantas, au détour d’un des nombreux sentiers qui parcourent la forêt, il y a cet endroit magique, un torrent d’eau vive, des roches couvertes de mousses verdoyantes et une impressionnante cascade aux arcs-en-ciel.

Le panorama fantastique au détour des sentiers du refuge Cerro Dantas.

Nous nous y rendons à plusieurs reprises, toujours avec l’objectif de réaliser photos et vidéos pour nos sponsors matériel. C’est une des contreparties que nos partenaires attendent de nous, il va de soi d’y répondre dignement.

Déjà pas spécialistes de l’image nature, imaginez-nous alors dans le rôle de photographes/cinéastes de mode, pas évident. Il faut se prendre au jeu et profiter au maximum des belles lumières matinales, car plus tard la pluie ne nous fait jamais défaut.

Quelques clichés de la séance photo pour nos sponsors : The North Face, Icebreaker, Cascade Designs, Lowa, Osprey

Dans les coulisses de la séance photo : quelques chutes en raison des pierres glissantes et les fous rires qui leur font suite (les bleus aussi) ; les fesses trempées à force de s’asseoir sur les roches humides ; la phrase ‟ comme les nuages sont beaux ” que l’on se répète maintes fois pour se décrisper et éviter d’avoir des têtes accablées après 3h de shooting (je ne saurais dire d’où cette idée m’est venue, mais ça fonctionne) ; les images sont sans odeur et tant mieux, 2 semaines à marcher dans la jungle sans lessive n’auront pas épargné nos vêtements (à l’heure où j’écris cet article, nous avons trouvé une laverie, bien heureusement !) …

Les nuages au lever du soleil, une belle image en tête pour se décrisper après quelques heures de séance photo

 

Bienvenue au Cerro Dantas, là où les tapirs abondent et les amphibiens ‟ reviennent à la vie”

Nous disposons de deux semaines pour faire le tour du lieu et répondre à deux missions principales, (1) répertorier les espèces d’amphibiens en danger critique d’extinction sur la zone et elles sont nombreuses ; (2) repérer, traquer, observer et récolter des images d’un tapir de Baird, tâche qui n’a été accomplie depuis plusieurs mois au refuge. Comme bien souvent ces objectifs se démultiplieront, vous pourrez le constater au fil de l’article Le refuge Cerro Dantas, de découverte en découverte.

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